L'ouverture d'enquêtes sur la mort de la princesse Diana et de son ami Dodi al-Fayed, en août 1997 à Paris, a relancé de façon spectaculaire la thèse du complot défendue par le père de Dodi, Mohamed al-Fayed. D'autant qu'elle vise désormais directement le prince Charles. Michael Burgess, chargé des deux enquêtes, a lui-même alimenté cette thèse en confiant, à la surprise générale, le soin d'enquêter au chef de Scotland Yard, John Stevens.
C'est dans le cadre de l'enquête ouverte obligatoirement en cas de mort violente que le « coroner » a pris la décision de rouvrir le dossier. Cette annonce inattendue a laissé perplexe la famille royale et surtout bouleversé le prince Charles et ses deux fils. C'est que l'héritier de la couronne d'Angleterre est désormais directement visé par la thèse d'un éventuel meurtre de la princesse de Galles, déjà rejetée par l'enquête française qui a conclu à un simple accident de voiture.
Diana était-elle enceinte ? Le « Mirror », suivi hier par l'ensemble de la presse anglaise, a révélé que Diana visait nommément le prince de Galles dans une lettre adressée à son majordome Paul Burrell, où, dix mois avant sa mort, elle affirmait craindre un assassinat. « Mon mari prépare un "accident" sur ma voiture, une défaillance des freins et de graves blessures à la tête qui lui laisseront la voie libre pour se marier », écrivait-elle. La lettre avait déjà été publiée dans le livre de Paul Burrell, paru fin octobre 2003, mais l'identité de la personne en cause avait été biffée. Résultat : outre-Manche, on entrevoit déjà une convocation de Charles par le magistrat, qui peut en théorie demander au prince de Galles et à ses enfants de témoigner. Un nouveau coup dur pour l'héritier du trône, qui a récemment fait l'objet de scandales sexuels. « Charles va devoir faire face à une enquête pour meurtre », titrait déjà hier le « Daily Express », résumant le ton de la presse, qui rivalise de détails scabreux sur les différentes thèses récurrentes pour expliquer un éventuel assassinat de la princesse. Diana dérangeait car elle empêchait le remariage de l'héritier du trône avec son amie de longue date, Camilla Parker-Bowles. Ou encore, elle était enceinte de Dodi al-Fayed. Impossible, a tranché pour sa part l'ancien « coroner » chargé des affaires royales, John Burton, qui affirme avoir vu le corps de la princesse lors de l'autopsie. En revanche, un haut responsable de la police française, cité le mois dernier par l'« Independent on Sunday », a affirmé que Diana était enceinte. Reste que Michael Burgess n'a pas fait mystère de ses doutes personnels sur l'utilité des enquêtes. Ses auditions ne commenceront pas avant 2005... Michael Burgess est à la fois « coroner » de la famille royale et du comté du Surrey où le fils du richissime Mohamed al-Fayed est enterré. L'ouverture des deux enquêtes officielles intervient au moment où un tribunal écossais examine un recours déposé par Mohamed al-Fayed pour obtenir une large enquête publique, toujours refusée par les autorités britanniques. Fort d'enquêtes parallèles qu'il a financées, le multimilliardaire affirme plus que jamais que son fils et Diana ont été victimes d'un « meurtre horrible » organisé par les services secrets britanniques. Il aime à répéter que la majorité des Britanniques, selon les sondages, pensent comme lui. De toute façon, c'est une nouvelle « annus horribilis » qui commence pour la famille royale, et pour Charles probablement obligé de renoncer à son projet de mariage avec Camilla. Une vengeance d'outre-tombe signée Diana.

