La seconde partie de l’interview (plus intéressante pour moi ).
« Nous faisons nos choix avec les cartes qui sont les nôtres
Après avoir évoqué subrepticement les évolutions attendues sur la 9X8 et les systèmes de jokers, le directeur technique de Peugeot Sport nous parle des ambitions de la formation française à l'orée de cette saison 2024 très attendue.
Nous parlons de performance, mais les autos étant encore relativement jeunes, ne pensez-vous pas que Le Mans se jouera, avant tout, sur le niveau de fiabilité des autos ?
Le problème est qu'il faut s'attendre à ce que Toyota ait la performance et la fiabilité. On ne choisit pas la fiabilité ou la performance. Ce n'est pas comme ça que ça marche. L'an passé, en WEC, même avec une fiabilité exemplaire, nous n'aurions pas gagné. Si tu veux gagner, il faut aussi être devant en performance. Ils (Toyota. Ndlr) ont atteint un tel niveau de fiabilité qu'ils font des courses quasiment sans faute. Si nous ne sommes pas capables de les pousser dans leurs retranchements en « perfo », nous ne serons pas devant. Et quand je dis « nous », c'est tous les constructeurs qui arrivent.
Toyota est-il donc clairement le grandissime favori à sa propre succession ?
Il va falloir voir ce qui va se passer à Sebring et plus encore à Portimao car Sebring demeure une course très particulière à bien des égards et regarder ce qui se passe avec la BoP. Mais forcément, ils sont dans la discipline depuis très longtemps, ils ont tout gagné ces dernières années... C'est un avantage énorme. Mais face à eux, ils auront quatre constructeurs qui vont essayer de les battre.
Sur le plan opérationnel, que vous ont apporté les trois courses auxquelles vous avez pris part en 2022 ?
Le premier niveau à atteindre concerne la fiabilité mécanique. Je ne dirais pas qu'il faut être irréprochable car personne ne l'est. Eux (Toyota. Ndlr), ils le sont presque. Après cela, il faut s'assurer que les ravitaillements se passent bien, qu'il n'y ait pas d'erreurs de stratégie... Et là ça met un niveau de stress sur les mécaniciens et les ingénieurs. Nos pit stops à Bahreïn n'avaient rien à voir avec ceux de Monza et je suis confiant quant au fait que ce que nous sommes en train de préparer aura encore une toute autre allure. Ça faisait partie du projet : reconstituer chez Peugeot une équipe d'Endurance qui avait quasiment disparu et essayer de grandir ensemble. Et ça marche plutôt bien, nous y mettons beaucoup d'énergie.
Au niveau de la BoP, au vu du nouveau système, les instances dirigeantes ont intérêt à ne pas se rater...
Nous avons construit tous ensemble un championnat avec des coûts réduits en évitant les développements ultimes et donc en limitant la performance. Et force est de constater que c'est une réussite incontestable. Et nous avons réussi, par deux formules différentes (LMH et LMDh. Ndlr) à attirer de nombreux constructeurs. Tous viennent pour gagner, mais à la fin il n'y en a qu'un qui gagnera Le Mans.
Nous concernant, objectivement, nous n'avons pas optimisé ce qui nous a été donné (par la BoP. Ndlr). Donc avant de discuter de savoir ce qui était juste ou pas juste, essayons de faire notre boulot. Telle est notre approche aujourd'hui... Honnêtement, quelle que soit la BoP de Sebring, si on peut dire à la fin que nous en avons tiré le maximum, ce serait déjà une grosse satisfaction pour l'équipe.
La concurrence sera très importante cette année. Cela change-t-il votre approche ?
Non. Nous allons y aller pour gagner, avec les ressources que nous avons à disposition, le temps imparti et les connaissances techniques qui sont les nôtres. La préparation, c'est quelque chose d'assez solitaire. Je ne vois pas ce que le fait qu'il y ait plus d'opposition pourrait changer à notre préparation.
Considérez-vous les trois premières courses de la saison comme une préparation pour les 24 Heures du Mans ?
Notre position sur le WEC est claire : il faut que le championnat se développe, et ce pour plein de raisons, et notamment ce que nous voulons faire de la discipline. Il est important que ces courses là soient des vraies courses. On a poussé pour nous assurer sportivement que ces courses soient sources de compétition et ne servent pas juste à préparer Le Mans.
La 9X8 n'ayant jamais roulé à Sebring, vous attendez-vous à souffrir en Floride ?
Ça m'inquiète ni plus ni moins. Nous avons besoin de rouler et depuis le 1er janvier 2023, nous sommes contingentés en nombre de jours d'essais. Nous avons besoin de pistes à moins de trois jours de transport d'ici (Satory. Ndlr). Nous sommes encore en phase de développement, avec des pièces qui arrivent – dans le meilleur des cas – une semaine avant le roulage si ce n'est la veille. Sebring, pour des raisons logistiques, c'est plus compliqué. Ça ne nous a pas semblé opportun. Pour la préparation de Sebring, il est évident que ça l'aurait été mais nous faisons nos choix avec les cartes qui sont les nôtres.
En 2023, les cabines de chauffe des pneumatiques seront interdites. À quel point cela change-t-il la donne ?
Nous avons mené quelques séances depuis la mi-2022, mais il s'est passé un peu de temps avant que cette règle-là soit entérinée, ce qui ne nous a pas facilité la vie. Depuis que nous avons l'information, nous avons eu l'occasion de travailler sur ce point. Reste qu'en hiver, le problème de mise en régime des pneumatiques est exacerbé par les températures extérieures, plus faibles que celles avec lesquelles nous devrions composer en WEC. Nous connaissons donc la problématique mais nous l'expérimentons actuellement dans les pires conditions possibles.
Cela ne pourrait-il pas créer des grosses différences ?
Ce sera intéressant de voir comment cela est géré par les équipes. Le but du règlement est que toutes les voitures soient dans le même dixième. Sur les tours de sortie, sur la mise en régime des pneumatiques, les écarts pourraient être de plusieurs secondes. D'autant que le but est bien de tirer la quintessence du pneu sur tout la durée de son utilisation, or la mise en régime influe sur la fin d'un relais, voire sur celui d'après.
Avez-vous regardé les 24 Heures de Daytona ?
Il y a plus d'écart que les autres années en termes de « perfo » brut. Et il y a au quelques problèmes de fiabilité. Certains bien gérés qui n'ont pas empêché la voiture de jouer la victoire et d'autres plus conséquents pour d'autres constructeurs. Mais ça ne nous surprend guère. Encore une fois, il s'agit de voitures très complexes. Malgré une quantité importante de kilomètres parcourus, c'est difficile d'atteindre le niveau de fiabilité requis pour une course de 24 heures. Mais ils sont allés au bout et nous mesurons l'effort nécessaire pour y arriver, donc c'est assez impressionnant.
Reste que tous les constructeurs ayant opté pour le règlement LMDh ont tous le même système hybride...
Oui, mais néanmoins ils n'ont pas tous les mêmes problèmes.