Les commandes de voitures en chute libre sur le marché français
Alors que les niveaux de livraisons de voitures neuves restent corrects chez les concessionnaires français, les prises de commandes tendent nettement à s'essouffler depuis janvier. A partir du mois de mars, les immatriculations devraient logiquement flancher.
Après l'euphorie des derniers mois de 2009, liée à la fin de la prime à la casse de 1.000 euros, un coup de grisou guette maintenant le marché automobile français. Si les livraisons de voitures neuves se comportent encore bien, en raison du reliquat des achats du dernier trimestre, il en va tout autrement des prises de commandes : - 20 % chez Renault sur un an, - 21 % pour Ford, - 37 % chez Peugeot, - 35 % pour Toyota ou - 40 % chez Opel ou Mercedes. A en croire la lettre spécialisée « Auto K7 », qui interroge chaque mois un panel de 34 distributeurs qui représentent plus de 250 points de vente, presque aucune marque n'échappait en janvier à ce phénomène de ressac.
Le gouvernement a eu beau maintenir le principe de la prime à la casse, en la baissant à 700 euros, il semble qu'une bonne partie des clients ayant décidé de se séparer de leur antique voiture soient déjà passés à l'acte. Ce qui annonce un effondrement des immatriculations à partir de mars, lorsque les portefeuilles des concessionnaires auront été épuisés.
Autre manifestation du même phénomène de saturation : la part des clients particuliers dans le total des immatriculations, après avoir atteint des sommets l'an dernier (67,5 % des ventes totales de 2009), s'est sensiblement tassée, pour passer à 59,6 % du marché en janvier. Ce ratio retrouve ainsi des niveaux plus conformes à ceux d'avant la crise. Beaucoup de marques comptent désormais sur le marché des entreprises et des loueurs longue durée pour prendre le relais, mais cette reprise reste encore largement à confirmer.
De plus, ajoute la lettre spécialisée, comme les distributeurs gardent une certaine latitude sur le nouveau système des cartes grises, ils ont pu se livrer à une certaine anticipation des immatriculations fin décembre, pour respecter leurs objectifs de primes annuelles assignés par les marques, quitte à livrer en janvier les véhicules en question.
Dacia en plein boom
Au-delà du contexte général, certains cas particuliers aggravent la tendance. Chez Toyota, après un mois de janvier déjà très creux, les ventes de 7 modèles en stock chez les concessionnaires ont été stoppées à compter du 27 janvier, en attendant l'ajout d'une embase correctrice sur la pédale d'accélérateur.
« Au total, on ne peut quasiment rien vendre avant la troisième semaine de février », déplorent les membres du panel. La marque japonaise précisait hier qu'au total, plus de 164.000 voitures en circulation vont être rappelées dans l'Hexagone.
Les groupes français, eux, semblent mieux s'en tirer que leurs concurrents, comme en 2009. En premier lieu sur le marché des particuliers. Chez Renault, la marque roumaine Dacia est en plein boom, devenant même première au classement des marques importées, devant Ford et Volkswagen. Et les commandes d'utilitaires, après des mois très difficiles, remontent la pente (+ 10 %). Chez PSA, l'état-major du groupe convient que le marché français s'est récemment retourné en termes de commandes. Mais on se dit plus à l'abri que d'autres, en raison du rajeunissement de la gamme. Exemple, la nouvelle Citroën C3, qui a récolté 35.000 commandes sur ses deux marchés de lancement, France et Italie. Chez Peugeot, les récents modèles 3008 et 5008 ont permis de garnir les portefeuilles, mais les prochains mois seront peut-être moins faciles.
Source Les Echos