La fermeture de Poissy est surtout le révélateur de la lente agonie de l'industrie automobile en France.
On peut même parler "d'euthanasie douce", quand on voit avec quel talent le monde politique et les deux grands groupes que sont Stellantis et Renault "manœuvrent" pour que les fermetures de sites apparaissent finalement comme inexorables :
- côté constructeurs, on réduit les gammes (voir la période Tavares où on a atteint un sommet en la matière), ce qui entraine une compétition terrible entre sites avec au final des modèles et des volumes alloués de plus en plus faibles pour les différentes usines (ex : Rennes 1 seul modèle le C5 Aircross II - Poissy : 2 modèles, un DS3 qui n'a jamais marché mais et que l'on tarde à remplacer et un Opel Mokka dont le succès est tout relatif - Sochaux : 2 modèles 3008/5008 - Mulhouse 2 modèles : 308 et 408), un nombre de salariés en baisse puisqu'il y a moins de travail (avec un recours de plus en plus important aux intérimaires et autres CDD), un départ progressif des sous-traitants et des fournisseurs ; au final, l'objectif sur le site France, c'est de faire "vivoter" quelques derniers sites et d'attendre le bon moment pour officialiser une disparition qui est actée depuis plusieurs années.
Chez un constructeur généraliste, un modèle doit en principe être produit à 150.000 exemplaires en moyenne par an pour être à peu près rentable. Tout cela dépend évidemment des segments mais c'est à peu près la norme en Europe.
Chez Stellantis France, on peut commencer à avoir peur pour une grosse partie des sites, à l'exception de Sochaux (berceau de la marque c'est politiquement et symboliquement plus compliqué) et Hordain (pour les VUL). Rennes n'est clairement pas dans les clous et Mulhouse commence à se mettre en danger car les 308 et 408 ne génèrent pas des volumes aussi importants qu'espérés à leur lancement. Sochaux est passé d'un volume de production de 380.000/400.000 véhicules lors de la 2ème génération de 3008/5008/Grandland à 230.000 exemplaires en 2025 et on sera sur le même niveau en 2026 (l'usine semble calibrée désormais pour un maximum de 300.000 unités annuelles).
- côté monde politique, on est davantage dans le discours que dans l'action et surtout on navigue à vue en fonction de l'air du temps. On se rappelle que lors des difficultés de PSA en 2012/2013, un consensus politique et économique s'était dégagé pour considérer que l'industrie automobile en France devait "monter en gamme" pour espérer résister aux pays low cost et aux meilleurs compétiteurs européens (Allemagne et Espagne) et asiatiques (Japonais et coréens). Tout cela peut marcher si l'écosystème est favorable. Peugeot est monté en gamme et a produit ses principaux modèles en France à l'exception des 208/2008. Dans le même temps, la France n'a rien trouvé de mieux que d'instaurer le système du bonus/malus, le malus au poids, de supprimer tous les avantages aux PHEV et hybrides (alors que Peugeot a fait un effort pour tenter de "démocratiser" le PHEV sur ses gammes 308/3008/5008/508), de faire la chasse aux voitures dans les grandes villes et de miser sur le 100% électrique et rien d'autre. Si l'on avait de vraies convictions écologiques, on aurait dû promouvoir la neutralité technologique et mettre aussi en avant les motorisations hybrides bien moins chères que les VE, avec des gains bien plus rapides pour la baisse des émissions que d'imposer le 100% électrique d'ici 2035.
Le VE était annoncé comme le moyen d'une réindustrialisation, on voit le résultat : un volume insignifiant de voitures électriques européennes aujourd'hui roulent avec une batterie européenne ou française. Le seul site 100% européen est ACC mais on connait ses difficultés. Tous les grands constructeurs se fournissent essentiellement auprès d'acteurs chinois et dans une moindre mesure de Corée du Sud. Les décideurs politiques sont donc parvenus à délocaliser 40 à 50% de la valeur ajoutée d'une voiture électrique en faveur de la Chine (et l'Asie) puisque les batteries constituent la pièce maitresse d'un VE...
On aura noté également que Renault a décidé que ses prochains modèles électriques seraient assemblés en Espagne et non plus en France comme c'est le cas des actuelles R5, R4 et Scenic. Peugeot assemble aujourd'hui les e-308/e-408/e-3008/e-5008 E en France mais les volumes restent faibles.
On ne voit donc pas de signes tangibles d'amélioration de la situation pour l'industrie automobile en France.