Publié sur endurance-info.com
Daniel Poissenot nous parle du futur des LM P1.
Alors que la saison 2008 est désormais bien entamée, il nous semblait important de faire un point avec Daniel Poissenot sur l’évolution à venir des règlements techniques de l’ACO. LM P1, P1 évo, essence, diesel, moteur dérivé de la série ou moteur de course, les sujets de discussion ne manquent pas.
Le premier de ces sujets concerne bien évidemment la future réglementation des LM P1. On sait que ce point a créé quelques vagues depuis son évocation en juin 2006 lors des 24 Heures par l’ACO. Les dimensions envisagées pour le pare-brise des voitures, dévoilées en janvier dernier sur EI n’y étant pas pour rien. Daniel nous en dit plus sur les LM P1 Evo :
« Tout d’abord, ce que vous devez savoir, c’est que nous n’avons encore pris aucune décision définitive concernant ces prototypes. Nous sommes toujours dans une phase de dialogue et de concertation avec les constructeurs. C’est très constructif.
Le souhait de l’ACO, c’est que les voitures soient aisément reconnaissables les unes des autres par un spectateur lambda, pas seulement par les spécialistes de l’endurance. Évidemment, cela va engendrer différentes aéros qu’il faudra prendre grand soin de bien équilibrer entre elles du point de vue des performances.
Ce qui est clair également, c’est que aucun constructeur ne nous a demandé de revenir à une définition technique proche de celle des GTP. Ils souhaitent tous de véritables protos et nous les suivons parfaitement sur ce point, bien évidemment. C’est également notre souhait. C’est simplement sur le problème de leur apparence que nous devons travailler. Ce qu’il me semble également très important de souligner, c’est que nous ne voulons rien imposer aux concurrents. Nous souhaitons réellement parvenir à un consensus. Il faut que chacun y trouve son compte. »
Vous travaillez avec tous les constructeurs aujourd’hui impliqués en endurance ? Et travaillez-vous déjà avec ceux qui risquent de s’impliquer ?
« Nous ne pouvons pas travailler avec ceux qui n’ont pas encore décidé de venir ou non. Nous ne travaillons qu’avec ceux qui sont déjà impliqués. »
Pouvez-vous nous dire quand nous devrions connaître les règles définitives régissant ces voitures ?
« Notre objectif est d’annoncer les grandes lignes de cette évolution lors des prochaines 24 Heures. Mais il est probable qu’il ne s’agira vraiment que des grandes lignes. Nous ne donnerons pas encore de paramètres techniques chiffrés. Le but est que ces règles entrent en vigueur pour 2010, pas 2009. Nous prendrons donc encore le temps après les 24 Heures de bien calibrer notre règlement. Mais je répète qu’il s’agira d’une évolution du règlement actuel, pas d’une révolution. »
Cela signifie-t-il par exemple que les monocoques actuelles pourront être conservées ? Pas besoin d’effectuer de nouveaux crash-tests pour que les LM P1 deviennent des LM P1 Evo ?
« Encore une fois, rien n'est fermement décidé. Mais à priori, oui, les coques actuelles devraient pouvoir être reconduites. »
Qu'elles soient ouvertes ou fermées ?
« Si nous les reconduisons, il sera logique d'accepter les deux en vertu de ce que je vous disais en préambule : nous souhaitons que les voitures soient très aisément reconnaissables les unes des autres. La mixité voiture ouverte-voiture fermée va dans ce sens. »
Et pour 2009 alors ?
« Pour l’an prochain, nous ajusterons la puissance des véhicules en jouant sur les diamètres des brides car nous pensons que cette année, les performances au Mans vont croître de manière très importante ! Peugeot a fait un gros bond en avant de ce point de vue et Audi en a fait un également. Or nous souhaitons toujours maintenir le meilleur temps en course au-dessus des 3’30" pour des raisons de sécurité. »
Parlons maintenant de l’avenir des motorisations utilisables en endurance. On sait que la crise du pétrole contraint les constructeurs à chercher des portes de sortie concernant la source d’énergie utilisée. On a déjà entendu parler de projets d’hybridation électrique de la part de certains constructeurs. Mais avez-vous également eu d’autres demandes telles que les moteurs à hydrogène, la pile à combustible, un moteur 100% électrique ou d’autres plus exotiques ?
« Non, pour l’instant, on reste dans le domaine de la récupération d’énergie. Pour les autres technologies, il va nous falloir être extrèmement prudent au niveau de la sécurité. Ravitailler une voiture en course avec de l’hydrogène liquide nécessite des précautions infinies. On entend parler aussi de roues d’inertie. Mais une roue lancée à 60.000 tours/minute à l’intérieur d’un véhicule pose des problèmes énormes en cas de crash ! Il va falloir à tout prix la maintenir solidaire du véhicule… Ca ne va pas sans poser des problèmes. »
A propos de récupération d’énergie, on entend dire qu’un constructeur britannique bien connu en endurance pourrait engager une telle voiture dès les dernières courses ALMS. Or aujourd’hui aucun texte réglementaire ne fixe de cadre pour ces véhicules si je ne me trompe pas ?
« Effectivement, c’est un bruit qui circule. Mais nous n’avons pas encore été contacté du tout par ce constructeur pour discuter de la technologie. Nous n’avons pas eu de proposition technique de leur part à ce jour. Nous n’avons donc encore réalisé aucune étude chiffrée à ce jour sur ce sujet. »
Pour qu’ils puissent courir en ALMS d’ici la fin 2008, il faudra pourtant des textes ACO sur lesquels l’IMSA puisse s’appuyer, non ?
« Tout à fait. »
Et le délai est plutôt court si l’on parle de Road America ?
« Tout à fait… Mais notre équipe est réduite et nous ne pouvons guère anticiper vu le nombre de technologies différentes employables. Nous ne pouvons les étudier qu’au cas par cas, à la demande des constructeurs. Or aujourd’hui, nous n’avons pas été sollicités. »
Autre sujet, l’arrivée en prototype des moteurs issus de la série aux côtés des moteurs typiquement conçus pour la course. Après l’équivalence essence-diesel, voilà un nouveau sujet d’émoi dans le paddock… Quel est votre position à ce sujet ?
« Tout d’abord permettez-moi de nous féliciter qu’une voiture essence soit désormais en mesure de rivaliser avec les diesels. Ensuite, parlant spécifiquement de la Lola Aston Martin, lorsque l’on voit la taille du moteur, sa longueur et son poids, on comprend immédiatement qu’il n’impose pas les mêmes contraintes aux ingénieurs qu’un moteur né pour la course. Nous avons donc estimé nécessaire qu’il reçoive une bride plus conséquente : un surplus de puissance pour compenser les inconvénients inhérents à ces moteurs basés sur des mécaniques de série.
Maintenant, effectivement, certains concurrents sont venus me trouver pour se plaindre de ce traitement de faveur. Mais je leur ai également rappelé que la Lola dispose de la bride plus grande pour l’installation de la climatisation. Et que cela contribue encore un peu plus à creuser l’écart en puissance pure. J’ajouterai que nous parlons là de Prodrive et de Lola, deux constructeurs de très haut calibre qui disposent de gros moyens en ingénierie.
Enfin, je n’accepte pas que l’on résume une voiture de course à la simple question de la puissance. Le sujet est bien plus vaste que cela… Vous savez, nous avons des contacts avec de nombreux constructeurs et beaucoup nous disent par exemple, qu’avec le règlement actuel, ils pensent que l’essence n’a pas dit son dernier mot et que de nouveaux raffinements leur permettront de se battre à armes égales avec les diesels… Le problème est que l’on compare des usines avec des privés, que ce soit pour l‘équivalence essence-diesel ou pour celle moteur de série-moteur de course. Lorsque l’on voit le nombre de kilomètres que Peugeot a effectué cet hiver et même encore maintenant en plein cœur de la saison, on ne s’étonne pas du gain de performance affiché cette saison. Les teams privés, aussi talentueux soient-ils, ne peuvent pas complètement compenser cela. »
Parlons enfin de la course de Shangaï. Avez-vous aujourd’hui des raisons de croire que cette course connaîtra le succès ?
« Pour cette course, nous avons travaillé à l’envers de ce que nous faisons habituellement car nous souhaitions mettre les plus grandes chances de notre côté. Nous avons donc tout d’abord établi un solide plan marketing en coopération avec des acteurs chinois. Nous avons ainsi assuré une couverture TV très, très solide en Chine. »
Et cette course sera également retransmise en Europe ?
« Bien sûr même si pour l’instant, les accords ne sont pas encore signés la concernant. Après avoir mis en place ce plan marketing, nous avons alors cherché un circuit. Maintenant nous nous assurons de mettre en place une prise en charge réellement optimale des frais de transports pour les teams. J’y tiens énormément. »
On sait pourtant que Peugeot par exemple, pour l’instant regrette que cette course ne fasse pas partie du calendrier Le Mans Series et que par conséquent, le team ne souhaite pas la disputer…
« C’est en effet ce qu’ils déclarent. J’ai pourtant du mal à comprendre car ils ont de gros intérêts en Chine. Cette course est encore loin, peut-être changeront-ils d’avis ? Audi pour sa part se déclare intéressé. Pour l’instant, nous escomptons un plateau de 25 à 30 voitures si l’on fait un tour du paddock. Bon, Le Mans n’est pas encore passé, la saison n’en est qu’à son début et ça peut changer car les finances peuvent venir à baisser, nous connaissons le problème. Mais nous restons optimistes. »
Pour finir, nous avons vu trois voitures connaître un problème et survoler la piste lors de ce week-end des 1000 km de Monza. Quelle est votre réaction à ce sujet ?
« Je pense que les réglementations aérodynamiques en vigueur ont justement évité que l'incidence prise par ces voitures dans des conditions anormales de roulage (problèmes mécaniques ou escalade d'un vibreur par exemple) ne devienne plus dramatique encore. Le but de ces normes étaient justement d'éviter au mieux que les voitures ne s'envolent quelle que soit la direction de leur déplacement. Il me semble que leurs embardées respectives n'ont pas eu l'ampleur qu'elles auraient pu prendre il y a quelques années : l'accident de Stéphane Ortelli survient à 315 km/h ! Je crois que l'on peut également vraiment se satisfaire de la solidité des monocoques actuelles... »