Le mois de mars s'ouvre sur un froid record
PARIS (AP) - Certes, les températures sont encore loin du -67,8 degrés Celsius relevé au cours des mois de février 1892 et 1933 à Verkhoïansk (Sibérie), la ville la plus froide de l'hémisphère nord, selon Météo France. Mais à cette époque de l'année, jamais l'Hexagone n'avait autant grelotté depuis 34 ans.
La journée de lundi et la nuit qui a suivi ont d'ailleurs été l'occasion de nouveaux records, tant au regard du thermomètre qu'en matière de consommation électrique, avec 86.024 mégawatts lundi à 19h15, selon RTE, gestionnaire du réseau de transport de l'électricité. Le précédent record datait du 26 janvier dernier, avec 84.706 MW.
Cette forte demande, due à la vague de froid "exceptionnelle", a même contraint la France, pourtant traditionnellement exportatrice, à importer d'Espagne et d'Allemagne 3% de sa consommation électrique. Ce qui n'était pas arrivé depuis vingt ans, précise RTE.
La baisse des températures a aussi obligé EDF à effectuer lundi soir des coupures tournantes de l'alimentation en électricité des 208.000 abonnés en Corse, afin d'éviter une "rupture du système", sauf chez les clients dits sensibles (hôpitaux, maisons de retraite...).
Ces "délestages tournants" se poursuivaient mardi pour le même nombre d'abonnés, par groupes de 30 à 35.000 pour une durée d'une demi-heure. La situation qui devait perdurer jusqu'à environ mercredi 0h a conduit EDF à demander des renforts en matériels pour pallier le déficit d'électricité d'origine hydraulique.
Arrivé en douceur, avec une baisse des températures vers la mi-février, qui sont restées à un niveau raisonnable pendant une dizaine de jours, le froid s'est "intensifié depuis une semaine environ et a atteint un pic" lundi et dans la nuit de lundi à mardi, a expliqué à l'Associated Press Patrick Galois, prévisionniste à Météo France.
A l'origine de cette chute du mercure, un anticyclone entre l'Islande et les îles britanniques qui envoyait "depuis deux semaines un courant de nord". A suivi un courant de nord-est, en provenance de Scandinavie, qui a plongé la France dans un froid plus intense, avec des températures largement inférieures aux moyennes saisonnières. Ainsi à Paris, le thermomètre affiche actuellement entre 1 et 4 degrés dans l'après-midi contre 9-10 degrés en moyenne pour un début mars.
A priori, le pic est derrière nous. Mais rien n'est impossible. "Il fera encore froid, mais un peu moins" les jours prochains, observe avec prudence Patrick Galois, en soulignant que des chutes de neige sont notamment prévues sur la Normandie, le Nord et la Picardie pour la nuit de mardi à mercredi, et mercredi.
Météo France a d'ailleurs émis mardi après-midi un bulletin d'alerte orange (niveau 3 sur quatre), valable jusqu'à mercredi 16h, sur onze départements situés dans ces trois régions ainsi que dans les Pays de la Loire en raison des chutes de neige. Compte tenu de ces prévisions, une suspension des transports scolaires a notamment été décidée pour mercredi en Seine-Maritime, dans le Pas-de-Calais et la Somme, département où seront aussi interrompues les lignes régulières d'autobus.
Dans le même temps, le gouvernement a indiqué mardi que 63 départements français étaient en niveau 2 du Plan hiver et 23 autres en niveau 3.
Si l'on s'en tient à début mars, "il faut remonter à 1971, pour trouver un froid comparable en intensité", explique Patrick Galois. Le mercure a ainsi affiché mardi matin -28,4 degrés à Saugues (Haute-Loire). A Mouthe (Doubs), la "petite Sibérie" à 900m d'altitude, il a fait -24,9, ce qui n'est "pas un record" pour ce secteur (-37 en janvier 1968).
En revanche, dans de nombreux endroits, les records mensuels ont été battus, que ce soit à La Rochelle (-6,6 contre -6 en mars 1971, précédent record), Rennes (-7,3 contre -6,4 en 1971), Nantes (-9,5 contre -7 en mars 1965), Belfort (-13,9 contre -12,4 en mars 1949) ou encore à Loxéville dans la Meuse (-19 contre 17,7 en mars 1971).
AP.