La lionne se laisse dompter
En pleine préparation pour la “course vers les nuages” de Pikes Peak, Sébastien Loeb apprend à maîtriser les 875 chevaux de son fauve et les 156 virages de cette folle montée. En attendant le jour J, fin juin, le premier bilan est encourageant.
Depuis une petite semaine, Sébastien Loeb est entré dans le vif du sujet. À Colorado Springs, ville posée au pied du fameux pic Pikes – le Pikes Peak, en version originale –, l’Alsacien a déjà pris ses marques.
« Ça se passe bien, même s’il n’y a pas grand-chose à faire ici », sourit l’Alsacien, qui avait découvert les États-Unis voilà deux ans par un versant un poil plus ensoleillé, lors des X-Games de Los Angeles. Si cette étape en altitude, sur la route du grand ouest, est moins “branchée”, le pilote ne s’en formalise pas. La seule contrariété recensée à ce séjour réside dans la piètre qualité du café, un « jus de chaussette transparent ». Une broutille, comparée à la satisfaction qu’il éprouve jusque-là au volant de son fauve, la Peugeot 208 T16.
« L’expérience en rallye est quand même un atout. Les notes me “parlent”, j’arrive à décrire le parcours dans ma tête »
« Tous les défauts que j’avais relevés lors des essais au Mont Ventoux, courant mai, ont été gommés, apprécie le nonuple champion du monde des rallyes. L’équipe a super bien bossé. Les rapports de boîte, le réglage du train avant, la direction assistée et les amortisseurs sont autant d’éléments qui me posaient problème. Tout fonctionne bien mieux, désormais. Je “subissais” la voiture. Là, je prends du plaisir à la manier ! »
Avant de se lancer à l’assaut de la montagne, le néophyte de Pikes Peak a déjà commencé par « apprendre » le tracé, ses 20 kilomètres d’ascension à flanc de rochers et ses 156 virages. Comme en rallye, il a demandé à son fidèle copilote, Daniel Elena, de l’accompagner lors des deux jours de reconnaissances, consignant sur son petit carnet de notes les angles de virages et les distances de freinage. Sauf que le Monégasque ne sera pas au côté de son équipier le jour de la course. D’où le besoin de préparer l’épreuve de manière un peu différente. « Nous sommes montés neuf fois au sommet, explique Loeb. Au bout du troisième passage, c’est moi qui annonçais les notes à Daniel. Il a fallu que je m’impose cet effort de mémorisation auquel je ne suis pas habitué en rallye. Le jour J, tu ne peux pas avoir le moindre instant d’hésitation au moment d’aborder un virage. Ça arrive tellement vite ! Normalement, il ne devrait pas y avoir de problème. Au bout de six montées, je ne faisais plus de faute. Et là, je connais le tracé par cœur. »
Avec les 875 chevaux qui hennissent sous le capot – pour un poids estimé à 850 kilos… –, mieux vaut en effet maîtriser à la perfection tous les paramètres. Car au-delà du ruban asphalté surgit… le vide. « C’est sûr que tu n’as pas le droit de sortir (de la route) » , poursuit-il, conscient du danger. Pour l’appréhender au mieux, Loeb peut s’appuyer sur son vécu.
« L’expérience en rallye est quand même un atout, estime-t-il. Les notes me “parlent”, j’arrive à décrire le parcours dans ma tête. Le tracé, je pourrais le comparer à une spéciale de Catalogne que je connaîtrais bien. En termes de trajectoire, on en est très proche. La seule différence, c’est que cette 208 a le triple de la puissance de ma DS3 et deux fois plus d’adhérence. Au final, le ressenti est assez bizarre. Ça se conduit plus comme un prototype des 24 Heures du Mans, sauf qu’à la place d’avoir les échappatoires d’un circuit, il n’y a rien, si ce n’est la grande dégringolade assurée ! »
Pas de montée d’une traite avant le jour J.
En deux matinées d’essais – samedi dernier sur la partie basse, dimanche en haut –, Loeb a en tout cas pris confiance au volant. « On ne va pas se cacher, l’objectif est bien sûr de gagner et de battre le record de la montée (établi par l’Américain Rhys Millen en 9’46’’164 l’an dernier) , rappelle-t-il. En mettant bout à bout les temps réalisés sur les deux secteurs parcourus, la tendance à l’issue des premiers tests est plutôt encourageante, même si on ne pourra pas faire une montée complète avant le jour de la course. »
Les préparatifs se poursuivront en cette fin de semaine, à travers trois nouvelles sessions sur des tronçons distincts, de vendredi à dimanche, dès potron-minet. « Comme nous avons déjà bien avancé le week-end dernier, il s’agira d’optimiser les réglages, vraiment à la marge, précise-t-il. De toute façon, on n’est plus très loin d’avoir atteint le potentiel maximal de la voiture. Personnellement, je suis aussi au taquet. J’étais déjà à bloc partout, et je ne vois pas où je pourrais gratter du temps. Mais il doit certainement encore y avoir quelques petites choses à améliorer. »
D’ici au dimanche 30 juin, Sébastien Loeb et Peugeot Sport auront l’occasion de peaufiner leur plan de bataille. Comme la lionne accepte de se laisser dompter, l’exploit est à leur portée.
par Sébastien Keller, publiée le 12/06/2013 à 05:00