Ces nouvelles nominations signent la fin de l'ère Tavares et l'éviction progressive des équipes françaises et des ex PSA dans le top management.
Heureusement pour l'instant, la structure du Conseil d'Administration du groupe n'a pas bougé, ce qui doit permettre en théorie de conserver un certain équilibre entre les différents pôles d'actionnaires. Mais pour combien de temps ?
La famille Peugeot, qui avait la possibilité de remonter au capital de Stellantis pour se retrouver à parité avec les Agnelli, semble avoir choisi de se désengager progressivement du groupe, ce qui aura des conséquences certaines.
A plus long terme, le risque d'une disparition de la culture et de l'identité des marques historiques de l'ex PSA est clairement posé.
Déjà, la responsabilité des principaux postes opérationnels sont progressivement repris par des ex FCA, ce qui n'est pas très rassurant pour l'avenir de la zone Europe. Il suffit de se souvenir de la gestion calamiteuse de FCA Europe par le duo Elkann/Marchionne puis Manley pour avoir des craintes justifiées sur la pérennité des marques européennes dont aucune n'est à ce jour en grande forme...
Depuis le départ de Tavares, Stellantis a modifié son organisation avec deux grosses régions : le pôle Amérique et le pôle Europe.
Ces deux régions ont vocation à devenir plus indépendantes et plus autonomes en terme d'organisation industrielle, d'ingénierie, d'achats, de définition du plan produit régional pour les différentes marques, de planning de lancement, de qualité et de coût.
L'allocation des moyens financiers va donc être une question de plus en plus importante pour le développement de ces deux grandes régions et le risque est de faire pencher la balance d'un côté au détriment de l'autre. Sans compter la compétition géopolitique et géoéconomique entre zones, ce qui sur ce point n'est pas à l'avantage de l'Europe face aux Etats Unis...
On a déjà les premiers indices d'une préférence pour la zone Amérique au travers des dernières annonces :
- l'allocation de 10 milliards de dollars pour Stellantis North America pour la relance de ses marques et la modernisation de certaines de ses usines ;
- l'annonce de négociations avec Nissan pour le partage de technologies, notamment la motorisation e-Power et la plateforme du Nissan Rogue (Qashqai/XTrail en Europe) en Amérique du Nord,
- pour l'Europe, l'ambition semble se limiter au projet de "Kei-cars" d'origine japonaise, petits véhicules accessibles en prix mais aux prestations minimalistes et qui devront être produits dans des pays à bas coût (c'est à dire en Europe de l'Est) pour être compétitifs...
Il faut attendre l'annonce du plan de Filosa prévu début 2026 pour avoir une idée plus précise des objectifs mais les premiers signes ne sont pas très positifs.
A noter que contrairement aux informations véhiculées par les médias, la zone Amérique n'est pas sortie des difficultés et les mesures engagées par Filosa depuis plus d'un an n'ont pas amenée d'améliorations de la situation économique.
Au contraire, si on étudie les résultats commerciaux et financiers pour la mi-2025, on assiste à un rééquilibrage entre les zones Europe et Amérique du Nord :
Zone Amérique :
* 642.000 véhicules vendus en baisse de 23%
* Chiffre d'affaires : 28,2 milliards d'Euros en baisse de 26%
Zone Europe :
* 1.289.000 véhicules vendus en baisse de 7%
* Chiffre d'affaires : 29,2 milliards d'euros en baisse de 2%