A la fin d’une journée encore marquée par son lot de rumeurs, de nouvelles et de démentis, il me semble bon de faire le point sur les quelques certitudes que nous avons autour du mystère du vol MH370.
Et de détailler deux hypothèses populaires dans les milieux américains proches de l’enquête.
SATELLITE
Première certitude, la fin de la piste des images satellite chinoises qui donnaient à penser hier que le mystère touchait peut-être partiellement à sa fin.
Une conclusion en eau de boudin, puisque après une vérification infructueuse des lieux désignés par les clichés de surveillance, les autorités malaisiennes ont affirmé que selon l’ambassadeur chinois, Beijing s’était tout simplement trompé de photos!
Une curieuse excuse qui a du faire sourire du côté américain où, comme je vous le racontais hier, on n’a jamais donné beaucoup de crédit aux images chinoises.
Pourquoi? Pour citer une de mes sources dans le renseignement » parce que rien n’apparaissait sur nos propres images ».
Point intéressant et à garder en tête: la zone où le contact avec le vol MH370 a été rompu est fréquentée par de nombreux navires et surveillée par de nombreux satellites. Ce qui laisse penser – nous allons y revenir- que si l’avion s’était écrasé dans cette zone là, il aurait été déjà retrouvé.
EXASPÉRATION
Autre certitude, la confirmation de plus en plus flagrante des limites de capacité d’enquête des autorités de Malaisie.
Il faut voir chaque point de presse tenu par les responsables du pays. Ils y passent plus de temps à assurer le public qu’ils ne cachent rien et que tout est fait pour donner au plus vite une réponse aux familles toujours dans l’angoisse.
En réalité, sur le terrain, la collaboration entre le Vietnam et la Malaisie s’effectue dans la douleur. Aujourd’hui, en coulisses, la Maison-Blanche, mais aussi les enquêteurs français, ont fait savoir leur exaspération face aux erreurs répétées des Malaisiens.
Deux exemples expliquent la perte de patience des « partenaires » malaisiens.
Ainsi, depuis samedi, les Malaisiens détenaient la preuve du changement de cap de l’avion une fois disparu des radars civils. Ces signaux, recueillis par un radar militaire, n’ont été confiés aux enquêteurs qu’il y a deux jours.
Autre cafouillage, rendu public aujourd’hui, le temps mis à partager avec les Américains l’existence de signaux ACARS (Aircraft Communications Addressing and Reporting System) envoyés automatiquement par plusieurs engins à bord.
Selon des proches de l’enquête, la Malaisie disposait de ces données cruciales (qui démontreraient que l’avion a continué à voler au moins quatre heures après sa disparition des radars) depuis dimanche, mais les aurait partagées seulement dans la journée de mercredi.
Bien entendu, le délai à donner ces informations, à les analyser correctement, est un frein à l’enquête et aux opérations de recherche.
Mais il ne faut pas forcément y voir une intention cachée et secrète de la Malaisie. Du côté des enquêteurs américains, on estime que ce délai est du à la confusion qui règne sur place.
Mais aussi à l’absence de structure adéquate.
En effet, la Malaisie ne dispose pas d’un bureau permanent d’enquête où le personnel est formé à avoir les bons réflexes. Ainsi, des informations qui pourraient être capitales sont traitées par des agents sans l’expérience nécessaire pour les hiérarchiser correctement. Il ne faut pas non plus oublier la crainte de mal faire ou de révéler que tel ou tel service n’a pas fait son boulot.
ACCIDENT
Depuis la disparition du MH370, les services américains ont un certain nombre de certitudes. Et ces certitudes permettent aux milieux proches de l’enquête de considérer sérieusement deux hypothèses.
Et depuis hier, une plus que l’autre.
Premier élément, les Américains n’ont jamais vraiment cru à l’hypothèse de l’explosion d’une bombe ou d’une collision en vol avec un autre avion. Ces éléments auraient du apparaître sur les relevés de surveillance photographique et audio de leurs satellites espions. Ce qui n’est pas le cas.
Mieux encore, les Américains, grâce à leur réseau de satellites U.S. Space Based Infrared System (SBIRS), disposent d’un système pouvant détecter les signatures thermiques en temps direct. En cas d’explosion d’un avion, SBIRS communique immédiatement les coordonnées et son image thermique. Ce qui n’a pas été le cas dans le cadre de la disparition du vol MH370
Dans le même esprit, les Américains ont toujours été prudents au sujet de l’hypothèse d’une défaillance mécanique subite et d’un écrasement dans l’océan. Et ce, avant les expéditions sur place et les photos satellite chinoises.
Pourquoi? Parce que le temps de sa chute, le vol MH370 aurait du envoyer une trentaine de signaux différents. Ce fut le cas par exemple lors de l’écrasement du vol Rio-Paris, où 29 signaux de défaillance avaient été envoyés dans la dernière minute avant de s’abimer. Là, rien.
FAA
La première hypothèse retenue par les Américains est plus ou moins celle que je vous ai présentée il y a trois jours par suite de ma discussion avec un ancien pilote d’une agence de renseignement.
Pour résumer, l’avion aurait été victime d’une fissure sur son antenne SATCOM (expliquant ainsi le soudain silence radar et l’absence de données GPS), puis aurait été victime d’une décompression lente entraînant la perte de conscience, puis la mort des passagers et de l’équipage.
L’avion, sur pilotage automatique, aurait alors continué son vol jusqu’à épuisement de son carburant pour ensuite s’écraser. Entre quatre et cinq heures, comme le prouvent les signaux ACARS dévoilés jeudi.
Une hypothèse qui a gagné un peu de poids jeudi, lorsque la FAA a confirmé que le MH370 faisait en théorie partie des Boeing 777 pouvant être affectés par ce genre de fissures.
Certes, Malaysia Airlines a immédiatement indiqué que ce n’était pas le cas, mais ces derniers jours nous ont appris à être prudent avec les affirmations venant de Kuala-Lumpur.
ACTE CRIMINEL
En fait, ce sont de nouveaux éléments d’enquête qui viennent de placer la thèse de la décompression lente en seconde position.
Depuis jeudi matin, en analysant les données ACARS (voir plus haut), les autorités américaines ont acquis une nouvelle certitude: quelqu’un a pris le contrôle du MH370.
Sinon, comment expliquer que les trois transmetteurs permettant de localiser et d’ identifier l’avion ont été débranchés à trois moments différents?
Si le MH370 avait été victime d’une défaillance mécanique, les trois transmetteurs auraient cessé d’émettre en même temps.
Là, il y a eu plusieurs minutes entre chaque déconnection. Le temps selon une de mes sources « pour démonter et débrancher chaque appareil un à un ».
Si tout cela s’avérait, le MH370 aurait donc été victime d’un acte criminel.
SCÉNARIO
Acte criminel ne veut pas forcément dire acte terroriste.
Le MH370 aurait pu être ainsi détourné dans le but de paiement de rançons comme s’il s’agissait d’un acte de piratage. Mais comme l’indique une de mes sources, « les pirates se seraient déjà manifestés ».
Ou alors, peut-être, les pirates s’intéressaient-ils à la valeur marchande du 777 ?
En pièces détachées, on parle ici de plusieurs millions de dollars…
En fait, dans le cadre de l’hypothèse d’un acte criminel, les USA travaillent sur deux pistes.
Le premier scénario serait une prise de contrôle de l’avion par un des pilotes. Ses motivations iraient de l’opération terroriste au suicide.
Et lorsqu’on remarque que voler quatre heures ne correspond guère au modus operandi d’un suicide, la réponse ne tarde pas:
« Personne ne sait ce qui s’est passé dans la cabine. Il y a eu changement de cap, il a pu se passer beaucoup de choses après. »
Un pilote a-t-il repris connaissance et y a-t-il eu un ultime affrontement avec le pilote-pirate?
Tout est effectivement possible et pourrait justifier l’idée que par suite de cela, sans pilote, l’avion ait poursuivi son vol jusqu’à s’écraser quelque part dans l’océan Indien.
C’est en tout cas vers là que la Maison-Blanche a annoncé vouloir orienter une partie de ses recherches.
TERRORISME
Mais c’est un second scénario qui intéresse au plus haut point les enquêteurs américains.
Celui d’une prise de contrôle du 777 afin de le réutiliser plus tard dans un acte criminel.
Dans cette hypothèse, les pilotes (ou une équipe les ayant remplacés à Kuala-Lumpur, profitant de conditions de sécurité non optimales) auraient en quelque sorte « enlevé » l’appareil.
Les passagers et le reste de l’équipage auraient pu être privés d’oxygène assurant tragiquement un vol « tranquille » aux pirates de l’air. Puis les transmetteurs auraient été débranchés afin de faire disparaitre le MH370 des radars.
Kidnappé, le Boeing aurait alors volé pendant quatre heures jusqu’à sa destination.
Et là ? Maquillé, il pourrait devenir une « arme » pour une future opération terroriste de grande ampleur.
La thèse, je le répète, sérieusement étudiée par les enquêteurs américains, a trois zones d’ombre.
D’abord, il est impossible de savoir si, dans cette optique, la « mission » a été couronnée de succès. Les pirates ont-il réussi à mener le Boeing à bon port ou se sont-ils écrasés avant dans l’océan Indien?
Deuxième point d’interrogation, dans l’hypothèse où les pirates auraient réussi, les moyens nécessaires pour stocker un 777 afin qu’il échappe à la surveillance satellite sont importants. Quel groupe peut-il gérer une telle logistique?
Et dernier écueil, peut-être le plus important, la nécessité de disposer d’une piste d’atterrissage suffisamment longue pour y poser un 777. D’où l’idée évoquée par certains qu’il pourrait s’agir de terrorisme d’État?
Début peut-être de réponse dans les prochaines heures: selon différentes informations, les Américains continueraient d’analyser les données émises pendant quatre à cinq heures par le MH 370 afin de déterminer son parcours.