Pas de HS, pas de problèmes, moi j'suis pour qu'on m'explique. Avoue quand même que t'as utilisé un gros cliché pour la banque postale. C'est pas parce que j'y ai mon compte qu'elle est bien, attention, j'me fais pas d'illusions. Je sais qu'elle est bien parce-que j'ai pas particulièrement de problème de trésorerie et que je lui demande rien. C'est comme les assurances, tant que tu payes tes cotises, y a pas de problème. Le jour où faut qu'ils allongent, là, c'est plus pareil, y a plus personne.
Si les banques faisaient ce pourquoi elles existent vraiment, c'est à dire préter aux particuliers et aux entreprises, on serait moins dans la merde. Elles sont, tu le reconnaîtras, plus que frileuses. La crise n'arrangeant rien, elles ont peur de pas revoir leur fric et elles prètent plus comme elles devraient.
Je suis pas crédule et je sais que pour préter elles doivent lever des fonds et pour se faire, aller jouer à la loterie que sont les marchés, spéculer quoi. Le souci c'est que toi quand tu joues et que tu perds, tu perds. Elles, elles ont un joker, quand elles perdent, elles gagnent. Ben oui, c'est l'état qui garantit. La différence est de taille non ? Effectivement, elles ont rendu la tune prétée par l'état au centime près et en avance même. Tu sais pourquoi elles ont remboursé rapidement ? Parce qu'elles ont rien retenu de la leçon et qu'elles se sont empressées d'aller vite respéculer sur des marchés à risque pour se refaire. Ca a marché parce qu'elles ont profité d'un rebond. Quand t'as touché le fond de la piscine, tu mets un coup de talon et tu remontes.
L'état a fait un aller retour de 2 milliards sur ce coup là mais comme nos politicards sont des éponges, on en a pas vu à notre niveau les effets. On a dû un peu les anesthésier au bar mais tant pis, j'aime bien échanger sur tout. La critique ne vaut que si elle est constructive donc, allons y.
OK Ranska, tant mieux s’il n’y a pas de hors sujet, alors continuons ! Il n’y a évidemment pas de dispute juste de la discussion en toute courtoisie. Pour la Banque Postale j’étais un peu mauvaise langue effectivement, je l’ai d’ailleurs dit juste après. Je passe pas mal de temps sur les forums boursiers, et j’aime bien aider des personnes, souvent novices, qui se posent des questions de tous types, notamment sur des opérations sur titres : augmentation de capital, dividende en actions, regroupement de titres, etc…
C’est souvent la banque postale qui revient pour des problèmes, avec conseillers incapables de renseigner. J’ai même lu un gars qui racontait que pour son compte titres, il avait reçu les documents pour souscrire à une augmentation de capital, après la date de fin de souscription (c’est quand même un peu embêtant). C’est pour ça que je considère que pour de la gestion basique de comptes, de la bancarisation et des crédits simples, ils sont sans doute très bien , mais dès que l’on s’aventure dans des domaines plus complexes, dans l’ingénierie financière comme on dit, là on trouve manifestement vite les limites. Mais bon ça explique le faible coût de la Poste, et chacun son métier. Ceci étant, ce qui fait souvent la différence dans la qualité perçue d’une banque c’est le conseiller, et là il y a des pros et des nazes dans tous les établissements.
Ensuite, je te reviens sur la fameuse aide de l’Etat. La principale raison pour laquelle elles ont remboursé l’Etat très rapidement, c’est surtout à cause du mécanisme de « step up », qui impliquait un taux d’intérêt croissant avec le temps. BPCE qui était la dernière à rembourser en sait quelque chose, car elle a payé à l’Etat sur la fin des taux et des dividendes très importants (plus de 800 millions d’euros de mémoire au total). Ensuite, le contexte était très favorable pour lancer des augmentations de capital à substituer à l’aide de l’Etat. Et enfin, comme tu l’as dit, parce que le droit de regard de l’Etat rendait problématique les versements de bonus aux opérateurs de marché.
Là où tu fais peut être une confusion en revanche, c’est entre la spéculation et le refinancement des banques. Il faut bien distinguer l’activité de gestion pour compte propre (trading actions, obligations, arbitrages comme faisait Kerviel, etc…) et le refinancement qui vise à s’approvisionner en argent frais. Et ça ça se fait en collectant des ressources auprès des épargnants, en émettant de la dette sur les marchés (obliagations, CDN,…), en titrisant ses propres créances, ou en faisant appel aux opérations de refinancement de la BCE, puisque le marché interbancaire (c'est-à-dire les échanges directement entre les banques) est toujours un peu malade ( les banques se méfient les unes des autres et ne se prêtent plus que très peu entre elles). Donc le refinancement n’a rien à voir avec de la spéculation.
Là où les banques françaises sont critiquables c’est dans leur placement massif dans des produits structurés notés AAA qui ont perdu l’essentiel de leur valeur à partir de 2007 lors de l’effondrement de l’immobilier aux USA, avec la suite que l’on connait.
Ceci dit, de gros efforts ont été menés par les banques pour réduire cette activité de spéculation, les activité de trading ont sensiblement diminué, il suffit de regarder l’évolution des résultats des banques d’investissement (CIB) pour s’en convaincre.
En parallèle, elles continuent de faire leur métier de prêteur. Dans la banque dans laquelle je travaille, les encours de crédit à ce jour n'ont jamais été aussi élevés, pareil pour le coût du risque c'est à dire les provisions et les passages à perte comptabilisées. D'ailleurs, cette banque n'a jamais eu un ratio crédit/épargne aussi élevé qu'actuellement (presque le double de celui de la banque postale d'ailleurs qui elle a un des ratios les plus faibles du marché, inférieur à 70% je crois alors que nous on est > à 120%) donc tu vois que les banques font quand même leur métier de prêteur .
D’ailleurs, même si les banques (surtout les banques d’affaires américaines) sont les principales causes de la crise, elles ne sont pas les seules. On peut facilement mettre en cause les agences de notation évidemment, qui étaient juge partie, et qui distribuaient des AAA pour toucher leurs commissions et ne pas perdre de parts de marché. La banque centrale américaine a également joué un rôle néfaste puisque qu’après avoir pratiqué des taux très bas, elle a alimenté une bulle immobilière, avant de remonter très violemment ses taux, piégant au passage les emprunteurs subprimes endettés à taux variables. Il y aussi des boites comme AIG, qui ré-assuraient les produits subprimes mais elles ne savaient même pas ce qu'il y avait dedans (je n'exagère pas). Enfin, les autorités et les politiques ne sont pas neutres car elles ont permis cette trop forte sophistication financière, via la titrisation des créances.
Et à ce jour, les régulateurs continuent de faire plus ou moins n’importe quoi, ce qui oblige actuellement les banques à réduire leur activité de prêts et donc à évincer les dossiers les plus pourris évidemment.
Exemple concret des limites du cadre règlementaire avec LE problème du moment : l’Italie.
Ca a été tjrs été en partie le travail des banques de prendre part au financement des états (pour une fois qu’elles font leur métier…) Avec la crise, les régulateurs ont imposé aux banques d’avoir des titres d’état à apporter en garantie auprès de la BCE (pour leurs opérations de refinancement dont je parlais plus haut,) donc les banques en ont acheté plus. Maintenant on leur dit, vous êtes trop grosses, vous devez réduire votre taille de bilan donc elles vendent leurs titres. Résultat, la valeur des obligations italiennes s’est cassée la gueule (BNP en a lourdé un max d’ailleurs), et leur taux de rendement qui évolue en sens inverse a explosé, dépassant les 7% sur une maturité de 10 ans. A cause de ça, l’Italie va avoir bcp de mal à emprunter sur les marchés et elle supportera des centaines de millions voire des milliards d’euros de charges d’intérêt supplémentaires.
Tu vois, on marche sur la tête, c’est du grand n’importe quoi
Comme tu le disais, les banques sont frileuses en effet, et elles le seront encore plus avec le cadre règlementaire que nos brillants élus sont en train de mettre en place dans le cadre des normes bâle 3. Assez comique quand on sait qu’aux USA ils se tamponnent déjà de bâle 2 (les banques asiatiques j’en parle même pas)
Maintenant, j'ai bpc parlé alors j'ai soif, je prendrais bien un jus d'orange multivitaminé. Au fait Patron, tu peux me le faire à crédit ?
