Dans ce dossier, l'Allemagne est une girouette et se réveille bien tardivement.

Cela fait plusieurs mois que le "va et vient" institutionnel a été engagé entre le Conseil des Ministres, la Commission, le Parlement européen. Jusqu'à présent, la résistance au tout électrique a été bien mollassonne, notamment de la part des pays producteurs de voitures (pourtant ce ne sont pas de petits pays).

La décision définitive était prévue pour demain mardi mais elle a été reportée à vendredi prochain : il faut que les tenants du tout électrique parviennent à atteindre la majorité qualifiée requise (au moins 55% des états représentant au moins 65% de la population de l'UE).
Il y a 2/3 points à se rappeler :
- le gouvernement allemand est une alliance entre les partis verts (favorables au VE), le SPD (qui veut plaire aux Verts) et les libéraux (qui sont davantage orientés défense de l'industrie allemande). Au cas présent, c'est à l'initiative de Christian Lindner, Ministre allemand de l'Economie (et chef des libéraux) que l'Allemagne a posé des conditions de dernière minute sur les e-fuels ; il n'est pas sûr qu'il ait l'appui du gouvernement dans son ensemble...

- l'industrie automobile allemande, et plus spécifiquement VW Group, a été l'épicentre du "Diesel Gate" ; en réaction, tous les acteurs industriels allemands ont massivement investis dans le VE et ont pris une bonne longueur d'avance sur leurs concurrents européens et américains (à l'exception de Tesla). Seul BMW Group est sur une ligne prônant un équilibre entre véhicules thermiques et électriques. Dans ces conditions, il n'est pas aussi sûr que l'initiative du Ministre allemand de l'Economie soit soutenue de manière unanime par les groupes automobiles allemands...

- l'industrie automobile allemande est très exportatrice, notamment vers les Etats Unis mais aussi vers la Chine ; en Chine, VW continue à être le 1er constructeur en volume (malgré un recul de ses ventes) et pour le trio BMW/Audi/Mercedes le marché chinois reste (et de loin) le 1er en volume. Tout cela dans un contexte assez défavorable aux investisseurs occidentaux, ce qui n'a pas manqué de questionner un certain nombre de spécialistes...Il n'est pas exclu que l'Allemagne joue la carte du VE en Europe (et appelle à l'ouverture du marché aux acteurs chinois), en "règlement" d'un accord avec les autorités chinoises...

En clair, d'ici vendredi, cela va bien négocier (comploter ?) entre tous ces acteurs allemands, les irresponsables européens, et les représentants des différents Etats membres.
Le plus pathétique dans cette affaire, c'est la position de la France.

Alors que l'Italie, la Pologne, la Bulgarie et tout récemment l'Allemagne, sont déterminés à défendre les intérêts de leur industrie automobile, le trio Macron/Borne/Lemaire est aux abonnés absents

: visiblement, on n'a toujours pas saisi que la défense de l'industrie automobile française se décidait en ce moment et non pas dans 5 ans quand l'hémorragie sociale et industrielle sera irréversible.
Il est vrai que Macron est convaincu de la ré-industrialisation de la France par le véhicule électrique : Pascal Canfin et Karima Delli, les 2 pépites françaises de l'escrologie à Bruxelles

, ont dû le convaincre d'un nouvel âge d'or pour l'automobile française et la France.

Après le sabordage de l'industrie nucléaire et d'EDF pour plaire à l'Europe, passons vite à celui de l'automobile française, on regorge d'experts au plus haut niveau...

Tout cela est assez pitoyable.

Imposer le véhicule électrique d'en haut, c'est vraiment le signe d'un esprit primaire et simpliste, bien représentatif de ce qu'est devenue l'Union européenne.
