Carlos Tavares, le patron de Stellantis, assure avoir fait assez pour la réindustrialisation en France.
Le dirigeant égratigne une nouvelle fois, la stratégie européenne « pro électrique » qui a fait exploser les coûts et donc les prix des véhicules.
Stellantis compte-t-il s'engager davantage dans la popularisation des véhicules électriques en France ? Ce jeudi, en visite à l'usine de Rennes, Carlos Tavares, patron du groupe, en a profité pour remettre les pendules du gouvernement à l'heure.
L'exécutif français a beau faire pression sur le groupe pour rapatrier en France la production de l'e208, le modèle préféré des Français (à 34.000 euros sans le bonus écologique tout de même), Carlos Tavares juge que Stellantis a déjà « fait une large part » pour participer à la réindustrialisation du pays : « Nous avons annoncé que douze véhicules électriques seraient fabriqués sur les sites français. Nous avons reconverti le site de moteurs de Trémery, celui de Metz pour les transmissions électriques. Nous ouvrons une gigafactory à Douvrin. Que faire de plus ? Me demander de mettre mon entreprise en péril ? », s'est interrogé le dirigeant.
Niveau de coûts pas satisfaisant en France
L'e-208 est actuellement assemblée en Slovaquie où les coûts de production sont moins élevés qu'en France. Carlos Tavares a rappelé que la technologie de l'électrique était « trop chère ». « Est-ce qu'on peut faire des véhicules abordables en Europe occidentale ? Je vous renvoie 25 ans en arrière lorsqu'on voulait fabriquer des véhicules de segment B (Clio, Opel Corsa… ) à moins de 10.000 euros pour les rendre accessibles. Toutes les voitures de ce segment ont alors quitté le continent européen et ceux qui ne l'ont pas fait ont mis en péril leur entreprise. Vingt-cinq ans plus tard, on a recréé ce même contexte avec le véhicule électrique à 22 .000 euros pour la classe moyenne. » Même sur les véhicules plus gros et plus chers, le patron du groupe Stellantis estime que le niveau de coûts n'est pas satisfaisant en France.
Comme il le fait régulièrement, Carlos Tavares est venu rendre visite au management et aux 2130 salariés de l'usine Stellantis de Rennes qui produit actuellement le C5 AirCross de Citroën et le Peugeot 5008. Ce jeudi, il leur a confirmé que le site rennais fabriquerait le C5 AirCross 100% électrique, dont le lancement est prévu en 2025, sur la toute nouvelle plateforme - sur laquelle Stellantis a investi 160 millions d'euros - dédiée aux véhicules 100% électriques. Un soulagement pour les ouvriers qui s'interrogent toujours sur la charge de travail pour les années à venir. Mais un nouveau véhicule seulement ? «C'est une décision de bon sens pour digérer toute la nouveauté d'une nouvelle plateforme électrique et la manipulation de la batterie », a répondu le patron du groupe qui a salué les progrès effectués à Rennes pour améliorer la qualité de la production. « Mais au niveau économique, nous n'y sommes pas encore, a-t-il ajouté. Le site n'est pas bien placé dans le classement des usines sur le critère des coûts en raison de la question de l'énergie trop chère. »
«L'Europe a créé une incertitude sociale»
Et lorsque l'argument des profits très généreux (16,8 milliards d'euros en 2022) enregistrés l'an passé est avancé, Carlos Tavares souligne qu'ils ont été majoritairement réalisés à l'extérieur de l'Europe, en Amérique du Nord. « L'Europe a créé sa propre stratégie et, en arrêtant les moteurs thermiques, elle a créé une incertitude sociale, dit-il. Ce n'est pas aux autres pays de corriger les dysfonctionnements en Europe.»
Comment les industriels pourront-ils alors résoudre le problème des 40% de surcoûts de l'électrique ? « Il y a trois options, dont deux mauvaises, résume Carlos Tavares. La première serait de transférer le surcoût au client. La deuxième, de vendre à perte. La troisième, la bonne, est de digérer le surcoût en passant de 2% de productivité supplémentaire à 8% par an. Nous devrions y arriver en 2026 si on ne nous enferme pas dans un schéma inflationniste. » Industrie automobile, ton univers impitoyable.