Les marques allemandes conservent l'avantage de proposer encore de belles gammes en thermiques ou PHEV en sus des électriques là ou Tesla n'a que 4 modèles (dont seulement 2 font du volume). La performance de Tesla est clairement indéniable d'ailleurs par rapport à ça. Quand la compact va sortir, ça risque de piquer et faire mal chez les généralistes. Les chinois auront du mal à percer en dehors de MG. Peut etre BYD mais pour le moment, les prix et la qualité des produits n'est pas à la hauteur. Mais si Renault et VW sortent des R5/Polo à 25000 balles, Peugeot va devoir revoir clairement sa politique tarifaire sous peine de sortir du marché.
J'ai vu que Tesla proposait des 3 en stock en LOA à 299 EUR. Le hic c'est que c'est sur 60 mois, ce qui est long pour une LOA.
Mercedes ne renouvelle pas pour le moment l'EQC qui n'est plus commandable que sur stock. Il n'a pas marché.
Mais pour les marques allemandes, tout du moins BMW pour ce que je connais, leurs modeles électriques sont moins chers que leurs équivalents thermiques. (sans parler parfois du malus qui les frappe).
C'est loin d'être l'euphorie chez les allemands en matière de véhicules électriques :
1/ Mercedes est en cours de réflexion depuis plusieurs mois sur une réorientation de sa stratégie vers des modèles plus haut de gamme ; alors que la marque a élargi sa gamme vers le bas depuis les années 2000 (avec les classes A, B et leurs dérivés SUV et coupés), la montée en puissance de Tesla avec ses modèles 3 et Y, l'émergence des acteurs chinois comme BYD (n° 1 en Chine) et les contre-performances commerciales de la gamme EQ (notamment en Chine) inciteraient le staff à revenir vers une gamme centrée sur les modèles les plus chers ; une telle stratégie est très risquée car la croissance des volumes de Mercedes s'est accompagnée d'investissements très importants en sites industriels ainsi qu'en réseau commercial... La transition risque d'être particulièrement saignante...
2/ Chez VW Group, la dernière réunion des cadres dirigeants au début de l'été s'est mal passée car le staff considère que le groupe dans son ensemble est en échec sur le VE.
Quelques données chiffrées : sur le S1 2023, VW Group annonce avoir vendu 321.600 VE dont à peine 220.000 en Europe. Sur le marché chinois, les volumes de VE au S1 2023 sont en recul de 2% à 62.400 unités, alors que la seule marque VW écoule à peu près 1 million de véhicules en Chine sur cette même période après avoir cédé sa place de n° 1 à BYD qui doit être à peu près autour des 1,2 millions de véhicules dont une majorité électrique...
Autre fait révélateur du malaise profond : VW accumule un retard très important dans la mise au point de sa prochaine plateforme 100% électrique (dénommée "SSP Mécatronique") rattachée au programme "Trinity" annoncée initialement pour 2026 mais qui sera opérationnelle plutôt vers 2028/2029.
Devant ces difficultés, VW vient d'officialiser, via sa filiale haut de gamme AUDI, un partenariat avec le chinois SAIC Motor pour utiliser à brève échéance une plateforme pour VE d'origine chinoise. On en est là : une marque prémium européenne contrainte de se fournir en plateforme électrique d'origine chinoise.
Les surprises ne font que commencer...
3/ BMW n'a pas encore publié le détail de ses ventes de VE au S1 2023. BMW cherche à pousser le VE en faisant des efforts pour rendre les tarifs des LOA des VE au même niveau que les thermiques en Europe. Mais la réalité chez BMW c'est que les thermiques restent de loin majoritaires.
N'oublions pas que l'objectif de Tesla pour 2023 est de vendre à peu près 1.800.000 véhicules électriques : BMW devrait en écouler au mieux 400 à 500.000 unités sur la même période pour un même volume de ventes... Et BMW rencontre les mêmes difficultés que ses camarades pour imposer ses VE en Chine.
Les marques allemandes sont en train de découvrir que le VE rebat complètement les cartes : jusqu'à aujourd'hui, elle jouissaient d'une position hégémonique grâce à leur niveau de qualité et d'agrément, de sécurité active et passive, leur avance technologique en matière de motorisations thermiques, de 3 à 12 cylindres, atmosphériques ou turbocompressées, diesel ou essence, la maitrise de leurs consommations...
Le risque avéré qui apparait de plus en plus aujourd'hui, c'est la perte de légitimité des acteurs historiques du secteur qui n'ont aucun savoir-faire reconnu et ne peuvent s'appuyer sur aucune filière de batteries au niveau des opérateurs asiatiques, face à des concurrents inédits qui sont soit de nouveaux entrants qui n'ont pas à gérer la transition thermique/électrique (c'est le cas de Tesla), soit des concurrents qui sont partis plus tôt dans le VE par volonté politique et par contrainte écologique (c'est le cas des constructeurs chinois) compte tenu de la dégradation accélérée de leur environnement immédiat (ce qui n'est pas le cas de l'Europe) et qui maitrisent toute la chaine de valeur du VE...
Dernier point : la baisse des prix des VE produits en Europe. Rien n'est acquis, ni forcément possible à court terme.
On a tendance à railler C Tavares sur ses prises de position sur le VE.
Il est intéressant de noter que Volvo est le 1er constructeur à indiquer le détail de ses marges brutes par véhicules : elles dépassent les 20% pour les modèles thermiques alors qu'elles sont à peine de 2% pour un modèle électrique...
Même s'il faut prendre un peu de recul par rapport à ces chiffres (qui peuvent varier d'un groupe à l'autre et selon les méthodes de comptabilisation) et avoir à l'esprit que Volvo est un constructeur prémium, ils permettent de mesurer :
- que les constructeurs historiques ne peuvent pas faire l'impasse sur le thermique pour l'instant ;
- que produire un petit véhicule électrique en France en restant rentable n'est pas aussi aisé.