On assiste surtout depuis plusieurs mois à des campagnes de presse orchestrées par les partisans des différentes stratégies qui ne sont pas toutes compatibles.
On peut souligner que :
1/ la décision appartient en dernier ressort à l'actionnaire de référence actuel, c'est à dire la famille PEUGEOT. Certains ont pris la posture facile d'accabler ses représentants pour leur gestion et leur stratégie, mais on oublie un peu vite que ce sont les membres du Directoire qui conduisent la politique du groupe : il serait intéressant de savoir si ces "managers" ont toujours été bien inspirés et s'ils ont réellement proposé des choix cohérents et des solutions acceptables en leur temps notamment sur les alliances avec d'autres constructeurs, l'internationalisation de la production, etc ;
2/ la valorisation du groupe a semble t-il toujours posé problème, notamment celle résultant des cours boursiers et sur lesquels se basent les négociateurs. Dernièrement, on pouvait lire que TESLA dépassait la valorisation de PSA, alors que le groupe français possède 2 marques chargées d'histoire, des centres de R et D parmi les plus performants, une implantation sur plusieurs continents avec des usines et des réseaux commerciaux correspondants, des gammes de produits modernes et diversifiés, des équipes d'ingénieurs-techniciens-ouvriers de qualité, des volumes de vente importants même si sur ce point PSA ne joue plus en 1ère catégorie, des succès en compétition, etc... Je comprends parfaitement la position des membres de la famille qui ne souhaitent pas brader leur entreprise, qu'ils ont façonné sur plusieurs générations, entreprise qui a déjà connu des crises graves mais qui a toujours su se dépasser pour revenir dans la course.
3/ le ticket Dong-Feng-Etat français que l'on essaie de nous vendre depuis plusieurs mois n'est pas de nature à rassurer sur l'avenir. Il me semble plus cohérent et plus sain d'aller vers un partenariat ou une alliance entre industriels plutôt qu'avec l'Etat français : on se comprend mieux entre professionnels d'un même secteur économique même s'il y a des différences culturelles importantes à surmonter. Le rôle d'un Etat moderne n'est pas de devenir actionnaire d'entreprises en difficultés, mais de favoriser une économie compétitive de croissance orientée sur l'offre (et non plus sur la consommation) avec des secteurs d'excellence et en assurant une permanence des règlementations, des normes et de la fiscalité. Quand on voit l'amateurisme des équipes dirigeantes actuelles, qui ont mis quasiment 2 ans pour prendre conscience de l'ampleur de la crise actuelle traversée par le pays, on peut craindre pour la survie d'une entreprise si la ligne de conduite consiste à faire des déclarations rassurantes dans la presse tout en faisant preuve d'une totale inertie sur le terrain... Le groupe a besoin de dirigeants compétents et courageux connaissant le secteur, pas de haut fonctionnaire ou d'homme politique en mal de parachutage avant une déroute électorale programmée...Une entreprise privée ne se gère pas comme le font les hommes politiques pour l'Etat français : on ne peut pas emprunter pour payer ses charges de fonctionnement, accumuler années après années les déficits et refuser de faire des réformes...
4/ Dans un certain nombre d'articles, on discerne également une condamnation du capitalisme familial français, présenté plus ou moins directement comme inadapté à l'économie moderne et ses nouvelles contraintes. Le salut ne pouvant venir que de managers internationalisés, si possible fortement imprégnés de culture économique anglo-saxonne... Outre le fait que tous les pays ont connu et connaissent encore aujourd'hui un capitalisme familial dynamique (notamment dans l'automobile européenne la famille QUANDT pour BMW, ou chez VW et PORSCHE), il y a une règle importante : on défend mieux les intérêts de son entreprise quand on est propriétaire que lorsqu'on est un simple mandataire...Le risque de perte est beaucoup plus important, puisqu'il porte et sur des revenus et sur du patrimoine. L'erreur coûte donc sensiblement beaucoup plus chère. L'actualité récente montre également que ces managers, fortement rémunérés et finalement responsables de pas grand chose, ont parfois des idées fort originales comme l'ex patron d'ALCATEL (M.TCHURUK) qui inventa le concept "d'entreprise sans usines" avec la bénédiction des élites politiques françaises, avec le résultat que l'on peut constater aujourd'hui : l'effondrement industriel français et le chômage de masse en résultant... Dans le même registre, la saga VIVENDI au cours des années 2000 est aussi révélateur des dommages considérables occasionnés à ces entreprises, leurs salariés et leurs partenaires par des dirigeants non propriétaires. On peut certainement reprocher des choses aux membres de la famille PEUGEOT, mais on peut constater que la majeure partie de l'outil industriel français a été préservé, avec des effectifs employés toujours significatifs malgré les réductions inévitables...ce qui n'est pas le cas du concurrent national qui a non seulement délocalisé une partie de ses usines mais aussi mis en concurrence les sites français avec ceux flambant neufs des pays à bas coût salariaux...tout cela avec l'agrément de son actionnaire l'Etat français. Ceux qui pensent que l'Etat en devenant actionnaire, va garantir la pérennité des emplois en France font une grave erreur de jugement : comme toujours il y aura les annonces volontaristes dans les médias, mais la pratique sera différente.
5/ Il y a un autre élément qui est fondamental dans une augmentation de capital : c'est la modification des équilibres existant au niveau de l'actionnariat ; l'arrivée de nouveaux actionnaires majoritaires peut certes diluer les droits de la famille PEUGEOT mais aussi ceux de tous les autres, ce qui peut aussi provoquer des difficultés qui ont pu ne pas être identifiées sur le moment : partenaires financiers notamment.
Pour toutes ces raisons, il n'est pas impossible que les schémas présentés jusqu'à présent évoluent sensiblement. D'après LE POINT, on évoque désormais la possibilité d'un équilibre entre la famille PEUGEOT et le ou les nouveaux entrants...