«Il a fallu anticiper les recharges»: entre prix élevés et attente aux bornes, le «crash test» du trajet des vacances pour les automobilistes électriques
Malgré un réseau de bornes de recharges de plus en plus dense, de nombreux automobilistes partis en vacances en voiture électrique évoquent encore des sites de recharges engorgés et des factures parfois salées sur l’autoroute.
Un million et des broutilles. C’est le nombre de
véhicules électriques en circulation en France, selon l’association l’Association nationale pour le développement de la mobilité électrique (Avere). Pour ces conducteurs, auxquels il convient d’ajouter les 800 000 détenteurs de
véhicules hybrides rechargeables, le traditionnel départ en vacances fait souvent office de
«crash-test». Ne pas se laisser surprendre par l’autonomie de sa voiture, trouver une borne de recharge à tout moment, éviter une note trop salée pour recharger son véhicule sur les aires d’autoroute ou même réussir à utiliser les bornes : les automobilistes électriques, qu’ils soient novices ou rôdés à l’exercice, ont toujours de quoi appréhender leur trajet sur la route des vacances.
Ils sont pourtant nombreux à tenter - ou retenter - l’expérience cet été, à en croire l’affluence observée sur les bornes de recharge. Celles d’Engie Vianeo, présentes sur l’autoroute, ont enregistré 118% de recharge en plus pour le week-end du 3 août. Pareil pour les bornes autoroutes et voies rapides de Total, dont la fréquentation a bondi de 127% en juillet par rapport à l’année précédente. Les bornes d’Eletra, acteur spécialisé, ont vu défiler 6 fois plus d’utilisateurs cet été qu’à la même période l’an passé. Les automobilistes «verts» profitent d’un réseau de recharge qui s’est densifié au cours des dernières années. L’Hexagone compte désormais plus de 18.000 points de recharge accessibles au public, dans les villes, les parkings et les aires d’autoroute. Et, à en croire l’Asfa, l’Association des sociétés françaises d’autoroute, la totalité des aires d’autoroute du réseau sont désormais équipées en bornes de recharge électrique.
«Si on pouvait éviter d'ajouter du temps d'attente...»
Pour beaucoup de conducteurs, c’est l’assurance de la sérénité. Laurent a parcouru 800 km en électrique cet été et affirme n’avoir
«eu à aucun souci à trouver une borne libre», y compris la journée du samedi 17 août, classée noire par Bison Futé.
«J’ai été ralenti par des voitures qui faisaient la queue pour l’essence et bloquaient l’accès aux bornes», souligne-t-il avec malice. Pareil pour Lalie, revenue d’un périple de 3900 km vers l’Allemagne au départ de Vichy.
«Nous n’avons jamais eu de problème pour trouver une borne en France comme en Allemagne», explique cette sexagénaire qui, la plupart du temps, a utilisé
«le planificateur de la voiture» pour la
«guider». Même Denis, qui possède, de son propre aveu, un véhicule long à la recharge (exigeant entre 30 et 40 minutes pour faire le plein), assure que durant le trajet aller-retour qu’il a effectué de Lille vers la Dordogne, c’est toujours sa voiture
«qui l’a attendu et pas l’inverse».
D’autres ont connu un périple un peu moins
«zen». Détentrice d’une Tesla model 3, Hélène est partie de Toulon jusqu’à Vars, en passant par l’Ardèche. Elle n’a pas eu de difficultés à trouver des bornes sur son trajet, mais a souffert de l’affluence estivale.
«Cet été, il a fallu bien anticiper les recharges, car les bornes étaient prises d'assaut. Sur juillet et août, c’était entre 15 et 30 minutes d’attente». Et ce, alors même que la jeune femme a privilégié les Superchargeurs Tesla, situés en sortie d’autoroute.
«Nous évitons de recharger sur l'autoroute parce que nous ne sommes jamais certains de trouver une borne à temps, toutes les aires n’étant pas équipées. Les bornes Tesla sont rapides, et limitent la recharge à 80% lorsque l'affluence est forte, contrairement aux chargeurs classiques». Problème,
«il n'y a aucun accès à des W.-C. ou de quoi se désaltérer autour de ces bornes».
S’il n’est pas question de tourner le dos à l’électrique, Hélène estime qu’il y a encore du boulot à faire pour faciliter la vie des automobilistes
«verts».
«On souhaite la même facilité d'accès que pour les thermiques. Le temps de recharge ne pourra jamais égaler celui d'un plein d'essence, ça oblige à faire des pauses et à anticiper les itinéraires. Si on pouvait éviter d'ajouter du temps d’attente faute de bornes disponibles, ou parce qu'elles sont surchargées, ce serait idéal». Partir en vacances en électrique oblige à s’organiser davantage, ce que ne nie pas Denis, conducteur de ce type de véhicule depuis 7 an
s. «Il faut se renseigner, préparer son itinéraire, plus qu’avec un véhicule thermique. Faire attention à l’endroit où l’on recharge: certaines stations, les plus vieilles, sont sous-dimensionnées, ce qui fait perdre beaucoup de temps».
Une recharge parfois «équivalente» au prix de l’essence
Faire attention aux prix, aussi. Car les chargeurs proposés sur l’autoroute, qui délivrent souvent une puissance supérieure à 150 kWh, ne sont pas gratuits, loin de là. Le prix payé par l’automobiliste dépend des réseaux autoroutiers, de la puissance de la borne, de la durée du stationnement du système de facturation appliqué. Un ensemble compliqué, et souvent angoissant pour les novices. D’autant qu’en décembre 2023, une enquête d’UFC-Que Choisir épinglait les
«dérapages» du système de tarification des bornes, avec des écarts de plus de 800% entre les différents opérateurs de mobilité (TotalEnergies, Electra, Ionity...) qui proposent des cartes de recharges. Pas plus tard que cet été, un rapport de l’Autorité de régulation des Transports, cité par le
Parisien, en remets une couche, pointant le rôle inflationniste des sociétés concessionnaires d’autoroute, à qui les opérateurs de mobilité reversent une forte redevance. Son montant dépasserait, selon l’ART, 18% du prix de la recharge payé par le consommateur.
«Le prix de la recharge sur autoroute est équivalent au prix de l'essence ou un peu moins cher mais pas beaucoup», regrette Grégory, un automobiliste rennais.
«Au plus cher, c’est équivalent au prix d’un trajet en thermique», reconnaît lui aussi Denis. Selon cet habitué des bornes de recharges, les opérateurs dont les prix excèdent 60 centimes/kWh sont rares, mais sans abonnement, beaucoup avoisinent les 50 centimes, comme les réseaux Ionity ou Tesla. Un chiffre élevé quand on sait que la plupart des voitures électriques sont désormais dotées a minima de batteries 40 kWh. Le plein, qui atteint 20 euros, permet de tenir 200 km, si l’on s’en tient à une consommation de 20 kWh/heures, que consomme généralement une voiture électrique
«compact» conduite à 100 km/heures. Pas franchement plus économique que le thermique, donc.
Se plonger dans la jungle des tarifications
Pour éviter la
«douloureuse» sur les aires d’autoroute, il n’y a pas quinze mille solutions. Il faut
«anticiper», c’est-à-dire charger le plus possible à domicile. Chez lui, Denis ne paie son kWh qu’une vingtaine de centimes. À défaut, il faut penser à tabler sur les points de recharges offerts par les hôtels ou les restaurants. Autre nécessité, se plonger dans la jungle des
«tarifications» proposées sur le site de recharge. Comme l’explique Arnaud Aymé, expert transport pour Sia Partners,
«les formules d'abonnement sont plus avantageuses que les recharges ponctuelles».
«Il faut alors choisir l'opérateur qui dispose de bornes le long du trajet habituel. Ou, pour les automobilistes voulant accéder à de multiples bornes et ne pas dépendre d'un réseau, se procurer des badges multibornes». Elles sont certes plus onéreuses qu'un abonnement mono-réseau (environ 10% de surcoût avec le badge Chargemap), mais toujours plus avantageuses que des recharges ponctuelles.
En jouant avec les différents abonnements proposés sur le marché, certains s’en sont très bien sortis. C’est le cas de Guillaume, qui a effectué 2500 km de trajet aller-retour entre Belfort, Bordeaux et Pau pour... 129 euros. Grâce à son badge Mobilize et son forfait Intense à 4,99 euros, il a pu naviguer à sa guise entre différents réseaux (Tesla, Ionity, Izivia Fast, Leclerc) pour des prix allant de 0,29 à 0,32 centime le kWh. De même, Denis a souscrit un abonnement à 10 euros chez Tesla, ce qui lui a permis de bénéficier d’un tarif de 0,35 centime à la borne cet été. Son aller-retour entre Lille et Brive La Gaillarde lui a coûté 63 euros, prix de l’abonnement compris, auquel il faut ajouter le coût de la charge à domicile. «
C’est comme pour les contrats de gaz. Si on prend le temps de chercher la meilleure offre on fait des économies, si on choisit la facilité, on paie plus cher», conclue l’automobiliste
. Encore faut-il avoir la patience de sortir sa calculette sur la route des vacances...
Source :
https://www.lefigaro.fr/conso/il-a-...-pour-les-automobilistes-electriques-20240824