Il y a dans notre métier ce genre de situations pénibles et contre-productives qui ont la fâcheuse tendance de devenir de plus en plus fréquentes.
Premier exemple. Hier matin j'arrive à Coventry à 7h. J'ai roulé 4h, j'ai fait en sorte de devancer les embouteillages, et je me présente chez mon client (un transporteur) avec deux pauvres palettes à vider. Théoriquement il y en a pour cinq minutes : j'ouvre les portes, deux coups de chariots et basta. Mais non ! Le cariste est bien là, pas de problème... mais "j'ai pas la liste" m'annonce-t-il, suivi de "faut attendre 9h".
Traduction : je dois attendre deux heures qu'un type des bureaux débarque avec un papier précisant "2 palettes à décharger". Stoïque, plus que jamais stoïque, je me gare dans la rue et je tape une sieste. A 9h10 nous déchargeons.
Deuxième client, et deuxième exemple. Me voici à Winsford, sur la plateforme logistique d'une grande enseigne de produits d'entretien. Je me présente frais, fringant et décontract, au bungalow du gardien. Il est 11h. Derrière la vitre : un gros gars dans son costume de gardien, un gars qui a l'air sympa mais un peu crade, et qui surtout a la particularité de n'avoir qu'une seule dent... Mais passons... je donne mon CMR, le gros gars passe des coups de fil, ça sent l'embrouille, et effectivement il me redonne tout et m'annonce que je ne suis pas annoncé, que la livraison était prévu vendredi, qu'il faut reprendre RDV. Génial... en France il est maintenant 12h30 et c'est toujours dans ces eaux là, en heures de repas, que j'ai besoin d'aide. Ici j'ai quatre palettes à sortir, mais pas moyen de négocier. Devant le temps perdu qui se profile à l'horizon je décide d'aller faire mon troisième client situé à une heure d'ici, quitte à revenir après. D'ailleurs, après un ultime coup de fil, le gardien m'annonce que l'on pourra décharger vers 15h. Là encore, quatre palettes ça prend au pire 10 minutes... mais il faut attendre des heures pour des pénibilités administratives. Donc je m'en vais.
Je vais dans les environs de Maclesfield, au sud de Manchester. C'est la campagne anglaise typique, avec ses routes sinueuses, grasses et vallonnées ; avec ses maisons de pierre et ses troupeaux de moutons. L'adresse de mon client c'est "rue de l'église", et le GPS me confirme que c'est en plein centre d'un petit bled accolé à maclesfield. Je crains le pire.
Je roule la boule au ventre, l'itinéraire n'est pas des plus faciles. Lorsque j'arrive dans le village, ça ressemble exactement à ce que je craignais : c'est tordu, étroit et en pente... parfait pour un camion. J'interpelle un passant, il me confirme que je suis sur la bonne route, "prochaine intersection à droite". Une aide précieuse car je n'y serais pas allé sinon à droite : dans l'intersection en question je suis obligé de plier un rétro de voiture pour passer, c'est plus que fin. Mon client est bien au bout.
Après ce périple je reprends les petites routes de campagne, à fond, pour retourner à la plateforme où je me suis vu refuser le matin. J'ai toujours mes quatre palettes à vider, et cette fois-ci on me met en attente.
Du coup, lorsque je finis par enfin les décharger, je dois renoncer à livrer mon quatrième client pour un quart d'heure de trop : Le temps d'y aller il sera 17h15, et ça ferme à 17h.
No stress. Je poursuis ma route....
Je me suis arrêté avec 9h55, ce qui est fantastique, j'ai 15h de coupure, ce qui est très reposant... cette dernière compte officiellement pour une 9h car j'ai aussi fait 14h30 d'amplitude.
Va comprendre les subtilités de la RSE...