Chaque job à ses contraintes : environ 1 mois sur 3 je suis en déplacement, je me tape en moyenne 6h de route le lundi matin et 6h le vendredi soir, la route ne m'est pas payée (1h de récup pour 5h de route) et je dois faire mes 35h de travail effectif dans le reste de la semaine, je dors à l'hotel et mange au resto, j'ai 81€ pour l'hotel et les 3 repas, je te laisse faire le calcul pour 4 jours par semaine, il reste pas grand chose. 7 ans d'étude et un salaire inférieur au tiens.Allez c'est parti pour mon billet d'humeur depuis le fond de ma couchette !!!![]()
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C'est l'histoire d'un routier sillonnant les routes de France et de Navarre, et même de l'Italie.
C'est l'histoire d'un routier transportant des produits d'un endroit à un autre. Cet homme n'a rien à voir avec un héros, c'est juste un homme faisant correctement son travail.
C'est l'histoire d'un routier travaillant 200 heures par mois pour un salaire de 9€55 de l'heure, brut il faut le spécifier.
C'est l'histoire d'un routier qui part le lundi matin, quand ce n'est pas le dimanche.
C'est l'histoire d'un routier qui rentre le vendredi soir, quand il a cette chance, sinon c'est le samedi matin.
C'est l'histoire d'un routier qui quitte les siens toutes les semaines, et qui ne les revoit que 56 heures quand tout va bien.
C'est l'histoire d'un routier qui dort sur la route, sans être vraiment sûr d'être en sécurité, mais qui a eu la chance de ne pas dormir un soir d'été en Italie vers le Monté Blanco sur le bord de l'autoroute, seul, sans aide.
C'est l'histoire d'un routier qui touche 2700 € par mois…net. Ca fait rêver un salaire comme celui-là. Eh oui, comprenez ! Il ne faut aucun diplôme « sérieux » pour toucher un camion de 40 tonnes.
Eh oui, il touche bien cette somme, mais pour cela, il part toute la semaine, il dort dans son 6 m², il mange quand il peut, où il peut, il prend sa douche là où il peut, généralement le soir au gastro routier sur le bord de la route quand il a la chance d'en trouver un avec toutes ces interdictions de transit. Ça tue aussi le petit commerce, mais il en trouve, des fois en trichant un peu sur le temps de conduite, un jour 10 minutes de plus, un autre soir 5 minutes. Il faut bien garder contact avec des êtres humains, même si des fois la maréchaussée le traite comme un chien. Pour cela il subit aussi la loi du plus fort, le chef du dépôt de logistique qui règne sur son dépôt, oui il a bien rendez-vous à 10 heures, oui il est 10heures, mais ce n'est pas parce que le rendez-vous est à 10 heures qu'il va le décharger en temps et en heure, ça serait trop simple, il est qui cet avorton pour dire que lui il est à l'heure ? Cela ne les empêche pas de lui dire qu'il avait rendez-vous à 10 heures et qu'il est 11 heures, on le fera attendre 2 heures, voir plus selon le bon vouloir du roi de la logistique, l'empereur du stockage, le dieu de la distribution. La prochaine fois il sera à l'heure, pour l'instant ils vont décharger les camions arrivés à l'heure, mais qu'ils déchargent en retard.
C'est l'histoire d'un routier qui, pour tout cela, recevra de son patron une prime, la prime de découché, il reçoit par 24 heures 55 €, avec ça il doit manger, se laver, dormir. Le resto coûte dans les 13 €, la douche est à 2 €, le petit déjeuner est à 5 €, on en est à 33 €. Vous multipliez cela par 22 jours et il en coûte à ce routier la coquette somme de 726 € sur les 1210 € de prime qu'il va toucher, soit un bénéfice de 484 €.
C'est l'histoire d'un routier qui roule sur des routes protégées, réglementées, gendarmées, policées.
C'est l'histoire d'un routier qui risque un PV pendant 28 jours en cas de contrôle des forces de police, de grands risques il faut le spécifier. Il risque de donner de l'argent à l'état s'il a roulé 9 heures 10 au lieu de 9 heures dans sa journée, tant pis si le petit restaurant sympa au kilomètre 122 est justement au kilomètre 122, il aurait dû être au kilomètre 112.
C'est l'histoire d'un routier qui risque une amende s'il ne s'est pas arrêté faire sa pause obligatoire de 45 minutes, c'est sa faute à lui s'il n'a fait que 44 minutes, il n'avait qu'à faire attention.
C'est l'histoire d'un routier qui peut se faire contrôler sur 28 jours lors d'un accrochage, même s'il est avéré qu'il n'est pas en tort selon les 6 témoins, c'est pas lui qui a grillé le feu rouge et qui s'est encastré dans la remorque, c'est la voiture, et pourtant les forces de l'ordre vont éplucher les 28 derniers jours, faut espérer qu'il avait bien fait ses 9 heures de coupure, et qu'il n'avait pas fait 8 heures 58 ce jour-là, car cela serait à cause de ces 2 minutes qu'il y a eu cet accident. Il faut bien que les forces de l'ordre fassent du chiffre, ce mot à la mode, même chez les agents de la paix.
C'est l'histoire d'un routier qui, malgré tout ça, est heureux de faire ce métier.
C'est l'histoire d'un routier qui, ne cherchez pas à savoir, ne changerait pas de place avec le professeur et ses « face à face pédagogique », ni avec le petit chef de quai autoritaire et imbu de sa personne… C'est comme ça, il aime faire ça. Pourquoi ? Le sait-il lui-même ? C'est juste un fait, seulement un fait.
Bon allez je vais me coucher.
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Mais moi aussi j'aime mon job




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