2035 : fin du thermique, un objectif irréaliste ?

Mis en ligne le 26 novembre 2025 Rédigé par

L’Union européenne a fixé un cap ambitieux : l’interdiction de la vente de voitures neuves à moteur thermique ou hybride à partir de 2035. Pourtant, cette échéance semble de plus en plus irréaliste aux yeux des constructeurs automobiles, à l’image d’Emmanuel Ehrhard, directeur du site Stellantis de Trémery-Metz, qui qualifie la pente à gravir de « trop raide ». Cette position est partagée par Antonio Filosa, directeur général de Stellantis. Ce dernier, comme d’autres présidents de groupe automobile, plaide pour un report à 2045 de la fin de commercialisation d’un véhicule thermique/hybride. 2035 comme fin du thermique semble un objectif irréaliste.

Les chiffres récents de l’Association des constructeurs européens (ACEA) révèlent une réalité contrastée : si les ventes de véhicules électriques progressent (+25,7 % sur les dix premiers mois de 2025), elles ne représentent encore que 16,4 % du marché européen. À l’inverse, les motorisations thermiques (essence et diesel) restent majoritaires, avec 36,6 % des ventes, malgré un recul constant. Les hybrides, quant à eux, captent 34,6 % des achats, preuve que les consommateurs ne sont pas prêts à abandonner les technologies de transition.

Pourquoi les ventes de véhicules électrique plafonnent ?

Cette situation s’explique par plusieurs facteurs :

  • le coût élevé des véhicules 100 % électriques
  • l’insuffisance des infrastructures de recharge
  • les réticences des consommateurs à adopter une technologie perçue comme encore immature

On peut aussi ajoute à la liste l’autonomie inférieure à un modèle hybride en particulier sur autoroute ce qui rend les longs trajets anxiogènes. Pour s’affranchir de cet inconvénient, il faut choisir un véhicules doté d’une batterie de plus de 80 kWh. Pour de nombreux ménages, l’achat d’une voiture électrique offrant une large autonomie reste un investissement inaccessible, surtout dans un contexte économique marqué par l’inflation et la stagnation des revenus.

Pragmatisme avant dogmatisme

Face à cette réalité, les constructeurs automobiles, dont Stellantis, plaident pour un assouplissement, voire un report, de la réglementation européenne. John Elkann, président de Stellantis, a récemment souligné que « la majeure partie de nos clients ne veut pas qu’on leur dise quelle voiture acheter ». De son côté, Antonia Filosa affirme que « De notre point de vue, partagé par la majorité des constructeurs, il faut demander à la Commission européenne de revenir sur cette réglementation » Le groupe a d’ailleurs relancé la production de la Fiat 500 hybride à Turin, un symbole fort de son revirement stratégique. On observe également des réorientations pour d’autres modèles du groupe prévus initialement exclusivement en versions électriques et qui sont finalement proposés également en motorisation hybride. Ces décisions reflètent une volonté de répondre à la demande réelle des consommateurs, tout en continuant à réduire les émissions de CO₂ de manière progressive et pragmatique.

L’ACEA, qui représente les intérêts des constructeurs, milite également pour une révision des normes européennes. L’association estime que la transition vers l’électrique ne peut se faire de manière brutale, au risque de fragiliser une industrie déjà en difficulté.

2035 : fin du thermique, un objectif irréaliste ?

Un défi industriel et social

La transition vers l’électrique pose aussi un défi industriel de taille. Les usines européennes, conçues pour produire des moteurs thermiques, doivent se reconvertir à marche forcée, avec des coûts colossaux et des risques pour l’emploi. À Trémery-Metz, par exemple, la production de moteurs électriques de seconde génération (M2, M3 et M4) qui équipent la e-208, la e-2008 et les e-3008 et e-5008 nécessite des investissements massifs et une requalification des salariés. Or, sans visibilité sur la demande future, ces investissements restent incertains. On le constate également avec les gigafactory de batterie dont ACC qui peinent à être rentables.

Dans une interview du Républicain Lorrain, Emmanuel Ehrhardt, directeur du pôle industriel Trémery-Metz de Stellantis déclare. « On n’y arrivera pas : le marché n’est pas là » Selon ce dernier : « Les obstacles sont le prix et l’autonomie. Néanmoins l’électrique se révèle pourtant moins cher, sur la durée, que la thermique. »

Emmanuel Ehrhardt se montre même alarmiste en déclarant que  :

L’échéance 2035 a été choisie pour servir d’électrochoc mais la pente était trop raide. C’est un électrochoc qui va peut-être nous coûter notre industrie.

Vers un report de l’échéance ?

Dans ce contexte, l’échéance de 2035 apparaît de plus en plus comme un objectif politique déconnecté des réalités industrielles et sociales. Plusieurs États membres de l’UE, confrontés à la grogne des constructeurs et des consommateurs, commencent à envisager un assouplissement des règles. Cette sage décision éviterait des conflits sociaux européens alimentés par des drames industriels. Une autre décision plus démocratique consisterait à proposer un référendum européen sur la question afin qu’elle ne soit plus portée uniquement par des technocrates hors sol.

En décembre 2025, la Commission Européenne pourrait annoncer des assouplissements ou des flexibilités, sous la pression des constructeurs et de l’opinion publique.

2035: fin des voiture thermique, un objectif irréaliste ? Le verdict dans quelques semaines ?