Arnaud Montebourg : "pousser l'industrie automobile à s'adapter"
Situation de PSA
Nommé depuis quatre mois à la tête du ministère du redressement productif, Arnaud Montebourg doit faire face à un marché automobile en forte baisse, une restructuration d’un des deux groupes français et la fermeture d’un site historique. A quelques jours de l'ouverture du Mondial de l’automobile, le ministre dresse un état des lieux du secteur automobile et présente sa vision pour l’avenir de l’industrie.
L’argus.
– Vous avez pris vos fonctions au moment même où le secteur automobile vit l’une de ses crises les plus graves. Quel jugement portez-vous sur cette industrie ?
Arnaud Montebourg.
- La France est le berceau de l’industrie automobile. C’est une filière très forte, qui a connu des déconvenues mais aussi de brillants succès. Mais quand la famille va mal on se serre les coudes et la vision que le ministère du redressement productif a de l’automobile est une vision d’avenir.
Je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que la gloire de l’automobile française est derrière nous. Je crois qu’elle est devant nous et que nous allons vivre un nouveau cycle de mutation technologique, et sociétal en l’usage de la voiture. Tout l’enjeu de l’industrie française, européenne et mondiale d’ailleurs est de s’y adapter. Le travail du plan auto est d’utiliser l’argent public pour pousser l’industrie auto à s’adapter aux nouveaux enjeux de consommation.
Vous avez demandé un rapport pour dresser un bilan de la santé du groupe PSA. Ces conclusions ne viennent-elles pas entériner ce que tout le monde savait ?
Un gouvernement qui prend ses fonctions et qui découvre une entreprise qui rachète des actions pendant des années, distribue des dividendes l’année même où elle s’apprête à fermer une usine est une entreprise qui envoie des messages contradictoires. Il était normal qu’un gouvernement qui travaille sur des faits et non pas sur des analyses partisanes puisse faire la vérité sur cette affaire. Le rapport Sartorius a joué le rôle d’éclaireur du gouvernement.
Alors que le plan PSA était jugé inacceptable en juillet, le rapport Sartorius valide la fermeture d’Aulnay en septembre. Quelle est votre position ? Le plan social imaginé par PSA est un plan social massif, qui a choqué les Français. Aujourd’hui encore il est tout à fait inacceptable dans sa forme actuelle, je n’ai pas changé d’opinion après le rapport Sartorius qui d’ailleurs est très réticent sur le plan. Ce dernier confirme qu’il faut prendre des mesures de redressement mais il ne valide pas celles proposées par PSA.
Pourquoi ? Parce que notre crainte c’est que dans un avenir proche, PSA se retrouve avec les mêmes problèmes mais en étant plus petits, une fois le plan accompli !
Que préconisez-vous alors ?
Notre souhait est d’avoir une stratégie de relance et de rebond pour Peugeot et Citroën, une stratégie d’alliance claire, qui permette d’aborder la mondialisation de l’automobile. PSA doit trouver des alliés pour construire cette configuration.
C’est dans cet esprit que nous souhaitons discuter avec PSA car nous ne pouvons pas nous désintéresser du sort de 100 000 salariés sur le territoire national, une industrie extraordinaire, des ingénieurs... Cette stratégie doit passer d’abord par une restructuration utile sans être obligé de recommencer dans 3 ans et une bonne alliance qu’il faudra discuter.
Quelle vision avez-vous de l’alliance signée entre PSA et GM ?
Je ne porte pas de jugement public sur cette alliance. Et je laisse le soin aux dirigeants de Peugeot de réfléchir car, pour le moment, les discussions avec GM se poursuivent. Il sera bien temps d’en reparler. Mais surtout notre souhait est de voir comment multiplier les forces innovantes de PSA et comment reprendre des parts de marchés perdues en Europe et ailleurs.
Croyez-vous que PSA souffre également d’avoir été un « bon » élève en matière de production sur le territoire national ?
Plutôt que de faire des comparaisons avec Renault, je préfère comparer Peugeot et Citroën avec Volkswagen. Et vous verrez qu’ils sont encore plus patriotiques que Peugeot et qu’ils se portent 10 fois mieux. Pourtant le coût du travail en Allemagne est à peu près semblable à celui de la France. C’est donc bien que la question du coût du travail n’est pas celle que l’on présente un peu facilement.
C’est pourtant l’un des principaux motifs évoqués pour justifier les délocalisions ?
Peugeot tout comme Renault a construit des usines dans des pays low cost. Je n’y vois aucun problème s’il s’agit d’alimenter le marché local. Mais lorsque les délocalisations servent à réimporter des voitures, évidemment, nous sommes réticents à ce genre de pratiques.
Voilà pourquoi, notre préférence va à la stratégie consistant à solidifier une base industrielle, la rendre profitable pour ensuite la déployer, sur les autres continents. Beaucoup de grandes entreprises, de groupes mondiaux ont pratiqué de la sorte et dans des pays où le coût du travail est à peu près semblable au notre. C’est le cas de Volkswagen.