Stellantis investit un milliard d’euros à Mulhouse
Mis en ligne le 27 mai 2026 Rédigé par BrunoL’usine Stellantis de Mulhouse constitue l’un des piliers historiques de l’industrie automobile française. Créée en 1962 par Peugeot pour fabriquer initialement des boîtes de vitesses. Puis, elle a produit son premier véhicule, une Peugeot 304, le 5 avril 1971. Depuis, le site a assemblé des modèles emblématiques tels que la Peugeot 205 (2,2 millions d’exemplaires), la 206 (2,1 millions), la 106 (2,2 millions), ou encore la 307.
Aujourd’hui, l’usine, qui emploie 5 700 salariés en CDI et 750 intérimaires, produit principalement la Peugeot 308, la Peugeot 408 et la DS 7 Crossback. En 2018, elle avait atteint un volume de 244 713 véhicules. Rappelons qu’avec une capacité théorique de 400 000 unités par an grâce à sa ligne de production modernisée en 2017, le site de Mulhouse est capable d’assembler jusqu’à six silhouettes différentes à une cadence de 56 véhicules par heure. Depuis sa création, ce sont plus de 11 millions de voitures qui ont quitté ses chaînes. Le site était le premier employeur privé d’Alsace en 2013 avec 7 600 collaborateurs. Aujourd’hui, le site de Stellantis Mulhouse s’appuie sur un réseau de 650 fournisseurs, dont 209 basés en Alsace-Franche-Comté, illustrant son ancrage territorial profond.

Durant les années fastes entre 2000 et 2010, l’usine de Mulhouse a brillé par son dynamisme, avec des modèles comme la 206 ou la 307 qui ont marqué l’histoire de Peugeot. Mais l’euphorie s’est estompée. Dès 2015, les premiers signes de ralentissement sont apparus : baisse des commandes, réduction des cadences… avec en fond une concurrence accrue des constructeurs asiatiques, et la transition technologique vers l’électrique. En 2025, le constat était sans appel : le site, jadis incontournable, était devenu le dernier de France à ne pas avoir de perspective claire. Les 2 000 mises au chômage partiel en octobre 2025 et la réduction progressive des effectifs intérimaires ont renforcé l’inquiétude des salariés et des sous-traitants locaux. Dans un rayon de 50 kilomètres autour de Mulhouse, ce sont 20 000 emplois indirects qui dépendent directement de l’activité du constructeur. Chaque poste chez Stellantis génére 3 à 4 chez les équipementiers (Faurecia, Valeo, Bosch, Michelin, etc.).
Une annonce historique : un milliard d’euros pour l’électrique
C’est dans ce contexte que le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé le mardi 26 mai 2026, lors d’une réunion à l’Élysée avec son « équipe de France de l’électrification », que Stellantis allait investir « plus d’un milliard d’euros nouveaux » sur son site de Mulhouse. Cet investissement vise à y produire, à partir de 2029, une « nouvelle génération de véhicules électriques », s’inscrivant dans le Plan d’électrification des usages présenté par le Premier ministre en avril 2026.
L’annonce a été saluée comme un « véritable avenir industriel » pour Mulhouse par le chef de l’État, qui a souligné que ce projet permettrait « d’aborder avec confiance la hausse de la production de véhicules électriques en France », avec un objectif de 400 000 unités annuelles d’ici 2027. Cette dynamique s’articule avec la « battery valley » des Hauts-de-France et les mines de lithium de l’Allier, deux maillons clés de la souveraineté industrielle française dans la transition énergétique. Pour les 4 000 salariés du site alsacien, cette nouvelle constitue un soulagement majeur. Mulhouse était en effet le dernier site français de Stellantis en attente d’une affectation de modèle, après l’arrêt prévu de la production des Peugeot 308 et 408 (dont les versions thermiques et hybrides). L’investissement, bien qu’encore en discussion avec les partenaires sociaux (un comité social et économique est prévu le 28 mai), sécurise l’emploi et relance la compétitivité du site.

Stellantis 1 milliard d’euros pour Mulhouse : conséquences et impacts
L’investissement d’un milliard d’euros marque un tournant stratégique pour l’usine. Il permet :
- La modernisation des lignes de production pour accueillir des plateformes dédiées à l’électrique, avec des technologies de pointe (robotisation accrue, flexibilité des chaînes).
- La formation des salariés aux nouveaux métiers de l’électromobilité, un enjeu crucial pour maintenir l’expertise locale.
- La pérennisation de l’activité : sans ce projet, le site risquait une fermeture partielle ou totale, avec des répercussions en cascade sur l’emploi et l’économie régionale.
Le président de l’agglomération mulhousienne m2A a salué une « annonce majeure », soulignant qu’elle « viendra pleinement conforter la méthode d’accompagnement et de synergie mise en place avec ses partenaires, et consolide la compétitivité et les perspectives d’avenir du site ».
L’impact de cet investissement dépasse largement l’enceinte de l’usine. Les 650 fournisseurs de Stellantis Mulhouse, dont 209 en Alsace-Franche-Comté, vont bénéficier d’un afflux de commandes liées à la production de véhicules électriques. Les équipementiers spécialisés dans les batteries, les moteurs électriques, les systèmes de recharge ou les matériaux légers (comme l’aluminium, déjà produit sur place via la fonderie du site) devraient voir leur activité fortement stimulée.
L’Alsace, région fortement industrialisée, voit dans ce projet une opportunité de relance. Le secteur automobile représente 10 % de l’emploi industriel local. Une fermeture de Mulhouse aurait eu des conséquences désastreuses, comme l’a souligné Thierry Weber, maire de Kingersheim : « Si Mulhouse ferme, ce sera un coup de massue pour toute l’Alsace. Des milliers d’emplois indirects disparaîtront. »
Le futur : quelles perspectives pour Mulhouse et Stellantis ?
L’investissement à Mulhouse s’intègre dans le plan stratégique « FaSTLane 2030 » de Stellantis, présenté par son directeur général Antonio Filosa. Rappelons que ce plan prévoit :
- 60 milliards d’euros d’investissements sur cinq ans, dont une partie significative dédiée à l’électrification.
- Le lancement de 60 nouveaux modèles, majoritairement électriques ou hybrides rechargeables.
- Une réduction de la capacité de production en Europe de 800 000 unités par an d’ici 2030, via la reconversion de sites (comme Poissy) ou des partenariats avec des constructeurs chinois.
Stellantis a exclu toute fermeture d’usine en Europe, privilégiant la modernisation et la spécialisation des sites mais aussi le partage de l’outils de production avec certaines marques chinoise.
Malgré l’optimisme, plusieurs incertitudes subsistent :
- La consultation des partenaires sociaux : Stellantis a indiqué qu’aucune annonce officielle ne pourrait être faite avant la fin des discussions avec les syndicats. Le CSE du 28 mai sera un moment clé.
- La compétitivité face à la concurrence : Les constructeurs chinois (BYD, MG) et européens (Volkswagen, Renault) accélèrent aussi leur transition électrique. Stellantis devra innover rapidement pour rester dans la course.
- L’approvisionnement en matières premières : La dépendance aux terres rares et au lithium reste un enjeu. Mais la France mise sur ses gisements stratégiques de lithium dans l’Allier et sur le recyclage des batteries pour sécuriser ses approvisionnements.
Quels véhicules produits à Mulhouse en 2030 ?
Parmi les 60 nouveaux modèles prévus, trois devraient être allouées à Mulhouse dont la remplaçante de la Peugeot 308. Un modèle SUV inédit situé entre le Peugeot 2008 et 3008 devrait également être produit sur le site alsacien. Ces trois véhicules seront déclinés en version électrique mais aussi en version hybride et reposeront sur la nouvelle plateforme STLA One (fusion de STLA Small et STLA Medium)

