Stellantis : »reset » industriel et commercial
Mis en ligne le 9 février 2026 Rédigé par BrunoStellantis a annoncé la semaine dernière des pertes exceptionnelles de 22 milliards d’euros dans le cadre du « reset » industriel et commercial voulu par Antonio Filosa.
Qu’est-ce qu’un « reset » ?
Un « reset » (ou « réinitialisation » en français) signifie ici que Stellantis a décidé de revoir en profondeur sa stratégie pour mieux coller aux attentes réelles des clients et aux évolutions du marché. Concrètement, cela implique d’abandonner certains projets non rentables, de recentrer les investissements sur des modèles plus adaptés à la demande, et de corriger des erreurs passées, notamment sur la transition vers l’électrique. Le terme « reset » marque une rupture forte avec la stratégie du groupe sous l’ère de Carlos Tavarès qui misait tout sur l’électrification et les marges au détriment des volumes.
Pourquoi ce changement ?
Stellantis a reconnu avoir surestimé la vitesse de la transition vers les véhicules 100 % électriques (BEV). En 2025, l’entreprise a constaté que les clients européens et américains n’étaient pas prêts à adopter massivement ces véhicules, notamment à cause :
- Du coût élevé des modèles électriques.
- Des infrastructures de recharge encore insuffisantes dans certaines régions.
- Des besoins variés : certains clients (professionnels, ruraux, etc.) ont encore besoin de véhicules thermiques ou hybrides pour leur usage quotidien.
Stellantis a dû annuler ou revoir plusieurs projets. Le Ram 1500 électrique a été annulé et remplacé par une version à prolongation d’autonomie REEV. La prochaine Peugeot 208 (P1H) qui devait être initialement uniquement proposée en 100% électrique recevra des motorisations hybrides mHEV et HEV. Nous constatons concrètement que le groupe recentre ses efforts sur des modèles hybrides et thermiques performants, tout en continuant à développer des véhicules électriques, mais à un rythme plus réaliste.
Les conséquences financières
Si ce virage stratégique est nécessaire pour assurer l’avenir du groupe, il a un coût : 22,2 milliards d’euros de charges exceptionnelles ont été enregistrées au second semestre 2025. Le montant couvre :
- L’arrêt de projets non rentables (ex. : certains modèles électriques).
- La réorganisation de la production et des chaînes d’approvisionnement.
- Une révision des estimations des provisions pour garanties contractuelles (augmentation des coûts liée à l’inflation et baisse de la qualité imputable à des choix opérationnels)
Malgré ces dépenses, Stellantis reste solide financièrement, avec 46 milliards d’euros de liquidités disponibles fin 2025. L’entreprise ne versera pas de dividende en 2026, mais prévoit une amélioration de ses résultats en 2026, avec une croissance du chiffre d’affaires et des flux de trésorerie.
Les 1er effets du « reset »industriel et commercial de Stellantis
Nous pouvons voir dès à présent que la nouvelle stratégie insufflée par Antonio Filosa commence à porter leurs fruits :
Hausse des ventes : +11 % au second semestre 2025, avec une forte progression en Amérique du Nord (+39 %).
Amélioration de la qualité : réduction de 50 % des problèmes signalés sur les nouveaux véhicules en Amérique du Nord, et de 30 % en Europe (fiabilité des véhicules électriques et durabilité des batterie de Stellantis reconnu par plusieurs organisme indépendant, fiabilité en hausse des motorisations 1.2 et 1.6 essence).
Succès commercial : Stellantis reste leader en Europe sur les véhicules hybrides et conserve sa deuxième place sur le marché global. En Amérique du Nord, sa part de marché a augmenté à 7,9 %.
L’entreprise a aussi lancé 10 nouveaux modèles en 2025, dont des hybrides et des thermiques, pour répondre à la diversité des besoins.
Le marché des véhicules électriques en Europe et aux États-Unis

En Europe, les ventes de véhicules électriques progressent, mais à un rythme moins soutenu qu’attendu (voir le graphique ci-dessus). En 2025, les BEV représentaient environ 17,4 % des ventes totales, contre 13,6 % en 2023. Les hybrides rechargeables (PHEV) restent populaires, notamment en Allemagne.
Aux États-Unis, le marché est plus lent, avec à peine plus de 9% de parts de marché pour les BEV en 2025. Les Américains restent attachés aux pick-ups et SUV thermiques ou hybrides, en raison des longues distances et du manque de bornes de recharge dans certaines zones.
Stellantis mise donc sur la liberté de choix. Le groupe souhaite proposer des véhicules électriques, hybrides et thermiques, selon les préférences locales.
Perspectives pour 2026
Stellantis table sur une amélioration progressive de ses performances, avec :
- Un chiffre d’affaires et une rentabilité en hausse.
- Un recentrage sur l’exécution et la qualité.
- Une stratégie plus flexible, adaptée aux réalités du marché.
Enfin, nous vous rappelons que le groupe Stellantis présentera son nouveau plan détaillé lors de son « Investor Day » le 21 mai 2026. Ce sera l’occasion de découvrir les orientations du groupe pour les années à venir, et surtout de clarifier l’avenir de certaines marques comme Lancia ou DS. On saura enfin si Stellantis compte les relancer ou les recentrer, voire les abandonner.
