Un rebond de la production Stellantis en France en 2025
Mis en ligne le 19 janvier 2026 Rédigé par AlainEn 2025, Stellantis a produit plus de 661 000 véhicules en France, soit une hausse de près de 100 000 unités par rapport à 2024. Ce rebond s’explique en grande partie par la performance exceptionnelle du site de Sochaux, qui a vu sa production bondir de 150 000 à 220 000 véhicules, grâce au succès des Peugeot 3008 et 5008. Ces deux SUV, emblématiques de la marque, ont séduit les Français avec une gamme de motorisations variées : hybride (mHEV 145 ch), hybride rechargeable (PHEV 195 ch), et électrique (210 à 325 ch). Le 3008, en particulier, a enregistré 38 675 ventes en France, soit une progression de 16 % sur un an, tandis que le Peugeot 5008 a atteint 17 458 unités (+23 %). Ces chiffres confirment l’attrait des Français pour les SUV, malgré un marché automobile global en légère contraction.

Un mix énergétique révélateur des tendances du marché
La répartition des ventes du Peugeot 3008 est éloquente : 77 % des clients ont opté pour la version hybride (mHEV 48V), tandis que l’électrique ne représente que 16 % des ventes, et l’hybride rechargeable, pénalisé par le malus au poids, seulement 7 %. Ce déséquilibre illustre la méfiance des consommateurs français face à l’électrique, malgré les incitations financières. Peugeot a pourtant les moyens de rassurer sa clientèle avec la version « Long Range » affichant jusqu’à 700 km d’autonomie.

Des disparités fortes entre les sites de production
Si Sochaux et Hordain (spécialisé dans les véhicules utilitaires Peugeot, Citroën, Opel, Fiat et Toyota.) affichent des productions en hausse en France pour 2025, d’autres sites peinent à suivre :
- Poissy : Malgré une production stable à 90 000 véhicules (Opel Mokka, DS3), l’avenir du site est incertain après 2028, faute de nouveaux modèles prévus comme nous l’avions souligné dans un de nos articles sur l’avenir de Poissy. Stellantis envisage une reconversion vers le reconditionnement de véhicules d’occasion et la production de pièces détachées, avec un investissement de 20 millions d’euros
- Mulhouse : La production a reculé à 135 000 véhicules (contre 150 000 en 2024), en raison d’une demande atone pour les Peugeot 308, 408 et DS7. Des arrêts de production temporaires ont été annoncés en octobre 2025, reflétant un marché européen en difficulté. Selon plusieurs sources syndicales, dès ce mois-ci, les rythmes quotidiens vont baisser, passant de 640 véhicules par jour à 460. Le restylage de la 308 ne semble pas être suffisant pour relancer la production dans l’immédiat.
- Rennes : Le site breton qui produit les Citroën C5 Aircross a fabriqué pour sa part 66 000 unités un chiffre constant entre 2025 et 2024.
Un contexte économique et stratégique tendu
Stellantis fait face à plusieurs défis majeurs :
- Baisse des volumes à moyen terme : Après le rebond de 2025, la production devrait retomber sous les 590 000 unités d’ici 2028, un niveau proche de celui de 2024. Cette baisse s’explique par la fin de cycle de certains modèles et la transition vers l’électrique qui peine à séduire les clients.
- Pression sur les marges : Le groupe a subi des pertes de 2,3 milliards d’euros au premier semestre 2025, en partie à cause des droits de douane aux États-Unis et d’une demande en berne.
- Stratégie de diversification : Stellantis mise sur des projets d’économie circulaire (recyclage) et le dynamisme du marché du véhicule d’occasion (reconditionnement) pour pérenniser ses sites français menacés.
Perspectives : entre adaptation et incertitudes
Le groupe table sur un doublement de son chiffre d’affaires d’ici 2030, tout en visant la neutralité carbone en 2038. Cependant, la transition vers l’électrique ne sera pas aussi aisé que certains le prétendent à Bruxelles.
Dans un entretien accordé aux Échos, Emanuele Cappellano, directeur Europe de Stellantis, a exprimé une vision prudente, voire alarmiste, sur l’avenir de l’automobile électrique sur le continent. Selon lui, il n’existe aujourd’hui « aucune demande naturelle » pour les véhicules 100 % électriques, une affirmation qui résonne comme un signal fort dans un secteur en pleine mutation. Cette déclaration s’inscrit dans un contexte où les ventes de véhicules électriques marquent le pas en 2024, après des années de croissance soutenue, et semblent désormais atteindre un palier, voire un ralentissement structurel.

Cette tendance interroge : est-ce un simple tassement temporaire, lié aux incertitudes économiques et à la fin des aides publiques, ou le signe d’un désamour plus profond des consommateurs ?
Stellantis, comme d’autres constructeurs, doit désormais concilier les impératifs réglementaires (interdiction des thermiques en 2035), le maintien de l’emploi en France et en Europe et la réalité du marché, où l’hybride reste largement plébiscité.
